Des bateaux égyptiens pour la RDC ? Une occasion manquée pour l’entrepreneuriat local


Le récent choix du gouvernement congolais d’acquérir des bateaux de pêche fabriqués en Égypte suscite un débat légitime. À première vue, cette décision peut sembler pragmatique : moderniser la pêche artisanale, renforcer la sécurité alimentaire, et améliorer le transport fluvial. Mais en y regardant de plus près, elle soulève de sérieuses interrogations sur la volonté politique d’encourager la production locale et de promouvoir la campagne de "consommer congolais".

En effet, pourquoi aller chercher à l’étranger ce qui se fait déjà au pays ? Sur les rives du lac Kivu, du lac Albert et du Tanganyika, plusieurs ateliers, souvent à taille humaine, construisent depuis des années des pirogues et des bateaux capables de répondre aux besoins des pêcheurs locaux. Ces structures, bien que peu médiatisées et parfois peu soutenues, témoignent d’un savoir-faire local authentique, adapté au contexte écologique et aux réalités socio-économiques congolaises.

Acheter à l’extérieur revient non seulement à détourner des fonds publics vers des économies étrangères, mais aussi à fragiliser davantage un tissu entrepreneurial national déjà très vulnérable. C’est un choix qui freine l’émergence d’un secteur industriel local, prive de nombreux artisans de marchés potentiels, et réduit à néant les efforts de ceux qui croient en une économie fondée sur l’initiative locale.

On ne le répétera jamais assez : la promotion de la production nationale passe aussi par des choix politiques courageux. À quoi bon parler d’émergence si les grandes commandes de l’État, au lieu de stimuler les chaînes de valeur locales, enrichissent d’autres nations ? À quoi bon célébrer la Journée de l’entrepreneuriat si, dans les faits, l’État lui tourne le dos ?




Le gouvernement aurait pu faire autrement. Il aurait pu investir dans la modernisation des chantiers navals locaux, financer la recherche pour améliorer la qualité des matériaux utilisés, ou encore lancer des appels d’offres ouverts aux constructeurs congolais. Cela aurait généré des emplois, favorisé l’innovation, et envoyé un message fort à la jeunesse : "Vous avez votre place dans la construction de ce pays."

Ce choix témoigne d’une absence de vision industrielle et d’un manque de confiance dans les capacités du pays à se prendre en main. Il trahit aussi un déséquilibre structurel dans les politiques publiques, encore trop tournées vers l’extérieur au détriment du potentiel local.

Il est temps de changer de cap. Il est temps d’institutionnaliser une véritable campagne nationale de consommation locale, non pas comme un simple slogan, mais comme une stratégie politique cohérente. Cela implique de réserver une part des marchés publics aux producteurs nationaux, d’appuyer les initiatives locales, et de rééduquer la population sur la valeur ajoutée du "made in Congo".

Encourager l’entrepreneuriat local, ce n’est pas une faveur à faire aux Congolais. C’est un investissement stratégique pour la souveraineté économique de la RDC.