Réformes fiscales et justice sociale : un équilibre nécessaire


La fiscalité est souvent abordée sous l’angle des recettes publiques et de la croissance économique. Pourtant, à Goma comme ailleurs, elle pose une question fondamentale : comment prélever l’impôt sans aggraver les inégalités sociales ? Les réformes fiscales ne peuvent être efficaces et durables que si elles trouvent un juste équilibre entre la nécessité de financer le développement et l’exigence de justice sociale.

Dans une ville marquée par de fortes disparités de revenus et une prédominance du secteur informel, appliquer une fiscalité uniforme peut produire des effets pervers. Les ménages vulnérables, les petits commerçants et les travailleurs indépendants disposent de marges financières limitées. Une pression fiscale excessive sur ces catégories risque de fragiliser davantage leur situation, voire de les pousser vers l’informalité ou l’illégalité. La justice fiscale suppose donc que chacun contribue selon ses capacités réelles, et non de manière aveugle.

Les réformes fiscales doivent ainsi intégrer le principe de progressivité. Les grandes entreprises et les acteurs économiques disposant de revenus plus élevés ont une capacité contributive supérieure et peuvent jouer un rôle central dans la mobilisation des ressources publiques. En contrepartie, les petits opérateurs économiques et les ménages à faibles revenus devraient bénéficier de régimes adaptés : exonérations ciblées, taxes forfaitaires modérées ou périodes de transition. Une telle approche permet de protéger les plus vulnérables tout en élargissant progressivement l’assiette fiscale.

La justice sociale ne se limite toutefois pas au mode de prélèvement. Elle dépend aussi de l’utilisation des recettes fiscales. À Goma, de nombreux citoyens acceptent difficilement l’impôt parce qu’ils ne perçoivent pas son impact concret sur leur quotidien. Lorsque les taxes servent à améliorer les marchés, les routes, l’éclairage public, la santé ou l’éducation, l’impôt devient plus légitime. La transparence et la redevabilité des autorités sont donc des conditions essentielles pour renforcer le consentement à l’impôt.

Dans le même temps, une fiscalité socialement juste ne doit pas décourager l’investissement et l’initiative privée. Au contraire, des incitations fiscales bien ciblées peuvent stimuler la création d’emplois, soutenir les PME et favoriser l’innovation. En protégeant les plus vulnérables tout en encourageant les acteurs économiques productifs, la fiscalité peut devenir un véritable moteur de croissance inclusive.

Enfin, parvenir à cet équilibre exige un dialogue permanent entre les autorités, les entreprises et la société civile. Les réformes fiscales ne peuvent être imposées de manière verticale sans tenir compte des réalités sociales. Écouter les citoyens, intégrer leurs préoccupations et adapter les politiques fiscales au contexte local sont des démarches indispensables pour bâtir un système fiscal plus juste et plus efficace.

En définitive, les réformes fiscales à Goma doivent être pensées comme un outil de cohésion sociale, et non comme une simple mécanique de collecte. Trouver l’équilibre entre justice sociale et performance économique est un défi complexe, mais incontournable. C’est à ce prix que la fiscalité pourra contribuer à un développement durable, équitable et partagé par l’ensemble de la population.