Former pour entreprendre : l’urgence d’un standard national de qualité
L’une des causes majeures de cette fragilité reste l’insuffisance de formation entrepreneuriale structurée. Trop souvent, l’entrepreneuriat est perçu comme une aventure intuitive, guidée par l’expérience personnelle ou l’imitation, plutôt que comme une discipline qui exige des compétences précises, une méthodologie rigoureuse et une vision stratégique claire. Lancer une entreprise sans formation adéquate expose ainsi à des erreurs fréquentes : mauvaise gestion de la trésorerie, absence d’étude de marché, confusion entre capital et bénéfice, ou encore incapacité à planifier la croissance.
Dans ce contexte, l’initiative engagée par l’Agence Nationale pour le Développement de l’Entrepreneuriat Congolais, consistant à élaborer des référentiels standards pour la formation et l’accompagnement des entrepreneurs, constitue une avancée stratégique majeure. L’établissement de normes pédagogiques communes permet non seulement d’harmoniser les contenus de formation sur l’ensemble du territoire national, mais aussi de garantir que les futurs entrepreneurs acquièrent les compétences essentielles à la survie et à la croissance de leurs entreprises.
Un cadre de référence national de formation entrepreneuriale apporte plusieurs avantages déterminants. D’abord, il professionnalise l’écosystème de formation en imposant des contenus cohérents et adaptés aux réalités économiques locales. Ensuite, il facilite l’évaluation de la qualité des programmes et des institutions de formation, renforçant ainsi la crédibilité des certificats délivrés. Enfin, il favorise la création d’un langage commun entre formateurs, institutions d’accompagnement, banques et partenaires de développement, ce qui améliore l’efficacité globale des dispositifs de soutien aux PME.
Mais au-delà des référentiels eux-mêmes, la qualité d’une formation entrepreneuriale repose également sur les méthodes pédagogiques utilisées. Une formation efficace ne peut plus se limiter à des exposés théoriques. Elle doit intégrer des études de cas réels, des simulations financières, l’élaboration pratique de business plans, ainsi qu’un accompagnement personnalisé permettant au porteur de projet de transformer ses connaissances en actions concrètes. L’apprentissage par la pratique, le mentorat et le coaching post-formation deviennent désormais des composantes essentielles de tout programme crédible.
L’enjeu dépasse largement la simple formation individuelle. Il s’agit d’un véritable levier de transformation économique. Des entrepreneurs mieux formés créent des entreprises plus solides, plus formelles, capables de générer des emplois durables, de payer des impôts et d’intégrer les chaînes de valeur locales et régionales. À long terme, la qualité de la formation entrepreneuriale influence directement la compétitivité de l’économie nationale.
La RDC dispose aujourd’hui d’une jeunesse dynamique, créative et désireuse d’entreprendre. Toutefois, cette énergie entrepreneuriale ne produira pleinement ses effets que si elle est accompagnée par des systèmes de formation solides, cohérents et orientés vers les résultats. L’élaboration de référentiels standards constitue donc une étape décisive, mais elle devra s’accompagner d’une mise en œuvre effective, d’un suivi rigoureux et d’un engagement continu des partenaires publics et privés.
Former mieux les entrepreneurs n’est pas simplement une réforme pédagogique ; c’est un investissement stratégique pour l’avenir économique du pays. Car une économie forte ne se construit pas seulement avec des idées, mais avec des entrepreneurs formés, structurés et capables de transformer ces idées en entreprises durables.
