Parrains de mariage : une responsabilité sociale souvent sous-estimée
Le débat relancé récemment par Radio Okapi sur les critères de choix des parrains et marraines de mariage met en lumière une réalité sociale souvent négligée : le mariage n’est pas seulement une affaire privée, il constitue aussi une institution sociale dont la stabilité influence directement l’équilibre des familles et, par extension, celui de la société.
Dans de nombreuses communautés africaines, le parrainage matrimonial n’était pas un choix décoratif ou symbolique. Il répondait à une logique précise : confier l’accompagnement du couple à des personnes reconnues pour leur sagesse, leur expérience conjugale et leur crédibilité morale. Les parrains étaient alors des conseillers, des médiateurs et parfois même des arbitres en cas de conflits conjugaux. Leur présence constituait une forme de garantie sociale visant à renforcer la durabilité du mariage.
Cependant, l’évolution des pratiques sociales et l’influence des modèles urbains ont progressivement modifié cette conception. Aujourd’hui, dans plusieurs milieux, le choix des parrains repose parfois davantage sur l’amitié, la proximité sociale, l’intérêt relationnel ou la capacité financière. Certains couples privilégient des personnalités influentes, des partenaires professionnels ou des amis proches, sans toujours évaluer leur réelle disponibilité ou leur capacité à jouer un rôle d’accompagnement sur le long terme. Cette transformation, bien qu’elle reflète les mutations contemporaines des relations sociales, affaiblit souvent la fonction stratégique que devait remplir le parrainage matrimonial.
Or, les réalités socio-économiques actuelles montrent que la stabilité familiale demeure un facteur essentiel du développement social. Les tensions conjugales, les séparations précoces et les difficultés de communication au sein des ménages ont des répercussions directes sur l’éducation des enfants, la sécurité économique des familles et la cohésion communautaire. Dans ce contexte, le rôle des parrains et marraines pourrait redevenir un mécanisme social précieux, capable de renforcer les structures traditionnelles d’encadrement familial.
Choisir un parrain ou une marraine devrait donc être considéré comme une décision stratégique, et non comme une simple formalité cérémonielle. Les critères essentiels devraient inclure la stabilité familiale avérée, l’intégrité morale, la capacité d’écoute, la maturité émotionnelle et la disponibilité réelle pour accompagner le couple dans les différentes étapes de la vie conjugale. Ces qualités, bien plus que le statut social ou les moyens financiers, déterminent la valeur réelle du parrainage.
Il ne s’agit pas de rejeter les évolutions sociales ni de revenir mécaniquement aux pratiques anciennes, mais plutôt de réconcilier modernité et responsabilité sociale. Dans une société où les défis économiques et sociaux fragilisent de plus en plus les ménages, renforcer les mécanismes traditionnels de solidarité familiale peut constituer une réponse pertinente et accessible. Le parrainage matrimonial, lorsqu’il est bien pensé, peut devenir un outil discret mais efficace de prévention des conflits et de consolidation des familles.
Au-delà du cadre familial, la question possède également une dimension socio-économique importante. Des familles stables contribuent à une meilleure gestion des ressources, à l’éducation équilibrée des enfants et à la réduction de certaines vulnérabilités sociales. Ainsi, la qualité du choix des parrains et marraines ne concerne pas uniquement les couples, mais participe aussi, indirectement, à la stabilité sociale et au développement des communautés.
En définitive, redonner au parrainage matrimonial sa véritable valeur ne demande pas de grands moyens financiers ni de réformes complexes. Il suffit de replacer au centre du choix des parrains des critères de responsabilité, d’exemplarité et d’engagement réel. Car, derrière un geste apparemment protocolaire, se joue parfois une partie essentielle de l’avenir familial et social.
