Le financement des start-up à Goma : un levier pour la croissance économique
Par Patient NGANDU – Consultant en stratégie et développement local
Dans le contexte socio-économique de Goma et, plus largement, de la région du Kivu, les start-up apparaissent comme des catalyseurs d’innovation, de création d’emplois et de transformation sociale. Toutefois, l’un des obstacles majeurs à leur développement reste l’accès au financement. Face à une économie informelle dominante, des banques prudentes, et des dispositifs publics encore limités, le financement des jeunes entreprises demeure une urgence économique et stratégique.
Une jeunesse entrepreneuriale en quête de moyens
Ces dernières années, une dynamique entrepreneuriale remarquable émerge à Goma. De jeunes développeurs, agripreneurs, artisans, commerçants et innovateurs créent des solutions dans les domaines de la tech, de l’agriculture, de l’énergie ou de la mode. Ils le font souvent avec très peu de moyens, portés par l’énergie du "système D", parfois aidés par des incubateurs locaux.
Mais cette effervescence a ses limites : sans capital de démarrage, sans accès au crédit ni à l’investissement structuré, la plupart de ces initiatives ne passent pas le cap des deux premières années. Cela entraîne un énorme gaspillage de talents et d’opportunités économiques.
Pourquoi un écosystème de financement est crucial
Dans toutes les économies émergentes, le financement des start-up est un levier de croissance, d’innovation et d’inclusion. À Goma, cette dynamique est encore embryonnaire, mais elle pourrait devenir un puissant moteur de développement local si les conditions sont réunies.
Un écosystème de financement efficace permettrait :
- De transformer des idées en entreprises formelles, créatrices de valeur,
- De réduire le chômage des jeunes par l’auto-emploi et l’emploi salarié,
- D’attirer des investisseurs régionaux et internationaux,
- D’accélérer la modernisation de secteurs clés comme l’agriculture, les services, ou l’énergie renouvelable,
- De bâtir une économie plus résiliente et inclusive face aux crises.
Le rôle clé des politiques publiques
L’État congolais, à travers ses institutions nationales et provinciales, a un rôle fondamental à jouer dans la structuration de cet écosystème.
Plusieurs pistes d’action peuvent être envisagées :
1. Mettre en place un fonds public de soutien aux start-up
Inspiré de modèles africains comme le Tony Elumelu Foundation ou le Youth Entrepreneurship Support Program au Rwanda, un tel fonds pourrait accorder des subventions ou des prêts à taux zéro aux jeunes entreprises porteuses d’innovation.
2. Favoriser la fiscalité de l’innovation
Instaurer des exonérations fiscales temporaires pour les jeunes entreprises (pendant leurs premières années) et encourager les investisseurs privés via des crédits d’impôt.
3. Créer une agence locale d’accompagnement
Une structure gouvernementale dédiée à la jeunesse entrepreneuriale au niveau provincial, qui accompagnerait les projets dans le montage, la recherche de financements, la gestion, et la mise en relation avec les institutions financières.
4. Intégrer le financement des start-up dans les politiques de développement local
Les plans de développement provinciaux devraient inclure un chapitre spécifique sur l’entrepreneuriat jeune et innovant.
Le secteur privé doit prendre ses responsabilités
Si l’État est un facilitateur, les acteurs privés – banques, microfinances, fonds d’investissement, grandes entreprises – ont un rôle moteur à jouer.
1. Les banques doivent innover
Les institutions bancaires locales ont longtemps été frileuses vis-à-vis des jeunes entreprises. Il est temps qu’elles adaptent leurs produits : prêts à taux réduits, lignes de crédit dédiées aux start-up, services de mentorat financier, etc.
2. Encourager les business angels locaux
Des personnalités issues de la diaspora ou du monde des affaires local doivent s’organiser en réseaux d’investisseurs pour accompagner les jeunes entreprises.
3. Partenariats entreprise-start-up
Les grandes entreprises opérant dans le Kivu (ex. télécoms, énergie, distribution) peuvent jouer un rôle en sous-traitant certaines activités à des start-up locales, ou en les intégrant dans leurs chaînes de valeur.
L’appui international et les ONG : une opportunité à renforcer
Des programmes portés par la GIZ, Enabel, ou d’autres agences internationales commencent à intégrer l’appui aux start-up dans leurs priorités. Mais ces actions restent souvent ponctuelles et dispersées.
Ce qu’il faut : des initiatives coordonnées, alignées avec les besoins du terrain, avec des critères souples et des procédures accessibles aux jeunes entrepreneurs sans formation académique poussée.
Par ailleurs, le développement du crowdfunding et des plateformes de financement participatif peut devenir une alternative crédible, si les réglementations s’adaptent et si les porteurs de projets sont formés à ces outils numériques.
Des recommandations concrètes pour Goma
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Créer un “Guichet Unique de l’Entrepreneuriat Jeune” à Goma pour orienter, former et connecter les start-up aux opportunités de financement.
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Lancer un fonds mixte public-privé pour le financement d’amorçage, avec des contributions de la province, de banques, d’ONG et de la diaspora.
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Former les jeunes entrepreneurs à la culture financière et à la préparation de dossiers bancables (business plan, pitch, prévisions).
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Promouvoir la mise en réseau : forums, salons, rencontres investisseurs/start-up, hackathons thématiques.
Conclusion : financer les start-up, c’est investir dans la paix et le progrès
Dans une région longtemps marquée par l’instabilité, le financement des jeunes entreprises représente bien plus qu’un enjeu économique. C’est un vecteur d’espoir, de stabilité, de transformation. Soutenir les start-up, c’est bâtir une économie locale résiliente, fondée sur la créativité, l’emploi, et la dignité.
Il ne s’agit pas seulement de prêter de l’argent : il s’agit de faire confiance à une génération prête à changer le destin du Kivu.