Achat des bateaux égyptiens : un gaspillage déguisé face à l’expertise locale ignorée


Le gouvernement congolais a récemment procédé à l’acquisition de bateaux de pêche fabriqués en Égypte, pour des montants qui suscitent des interrogations. Un seul de ces bateaux aurait coûté plusieurs centaines de milliers de dollars américains. Pendant ce temps, dans des villes comme Bukavu, Goma, Kalemie ou Uvira, des artisans et petites entreprises congolaises construisent des bateaux similaires parfois plus adaptés au contexte local pour des montants largement inférieurs, allant de 15 000 à 50 000 dollars, selon la taille et les matériaux utilisés.

Ce différentiel de coût est frappant. Prenons un exemple concret : un bateau de pêche motorisé d’environ 12 mètres, fabriqué localement en RDC avec des matériaux disponibles sur place (bois traité, tôles marines, fibre de verre), peut coûter jusqu’à 8 fois moins cher que son équivalent importé. En plus, ce bateau est conçu avec une connaissance fine du terrain : maniabilité sur les lacs congolais, entretien facilité, et adaptation aux besoins spécifiques des pêcheurs locaux.

L’acquisition des bateaux égyptiens, bien que présentée comme un progrès technologique, pose une question fondamentale : à quoi bon investir à perte à l’international alors que les compétences nationales existent et n’attendent qu’un appui ?

L’impact budgétaire est lourd. Pour une flotte de 2 à 10 bateaux importés, le coût global avoisine facilement plusieurs millions de dollars des fonds publics qui auraient pu, à coût égal, financer la production d’une centaine de bateaux locaux, créer des emplois dans la filière navale congolaise, et structurer un véritable écosystème industriel autour de la pêche artisanale et du transport lacustre.

Mais au-delà du gaspillage financier, c’est le signal envoyé aux entrepreneurs congolais qui est le plus inquiétant : "vous ne valez pas assez pour mériter la commande publique." Un gouvernement soucieux de bâtir une économie résiliente et inclusive aurait pris le chemin inverse : consultation des constructeurs locaux, appels d’offres publics nationaux, transferts de technologie si nécessaire, et montée en compétence progressive des acteurs locaux.

Le développement ne viendra pas de l’extérieur. Il viendra lorsque le gouvernement considérera l’entrepreneur congolais comme un acteur stratégique, non comme une variable négligeable. Il viendra quand le coût total économique, social, et politique des décisions publiques sera évalué à l’aune de leur impact sur le tissu national.

Il est urgent d’inverser cette logique. L’État congolais doit devenir le premier client de son économie locale, surtout dans des domaines aussi cruciaux que la pêche et le transport intérieur. Il ne s’agit pas d’un simple choix économique, mais d’un acte de souveraineté.

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