Les secteurs moteurs de l’économie – Entre résilience et dynamique


1. Commerce transfrontalier, agriculture, technologies : les piliers d’une économie en mutation

Malgré un environnement souvent instable, plusieurs secteurs de l’économie de Goma affichent une résilience notable. Le commerce transfrontalier, en particulier avec le Rwanda et l’Ouganda, demeure un moteur clé. Il génère des revenus conséquents pour des milliers de commerçants, en majorité des femmes, qui bravent chaque jour les tracasseries administratives et l’insécurité pour faire vivre les échanges régionaux. L’activation de certains postes douaniers et les initiatives de simplification des procédures ont contribué à fluidifier les transactions.

L’agriculture, longtemps négligée, connaît un regain d’intérêt. Des politiques publiques de soutien à l’agriculture familiale et à la sécurité alimentaire ont permis à certaines zones rurales proches de Goma de dynamiser leur production. Le développement de coopératives, les projets d’irrigation et l’introduction de semences améliorées sont autant de leviers qui redonnent espoir aux petits producteurs.

Par ailleurs, les nouvelles technologies commencent à jouer un rôle structurant, notamment à travers les start-ups locales dans la fintech, l’agritech ou les services numériques. Des incubateurs comme KivuTech Hub ou des programmes d’accompagnement portés par des ONG et bailleurs ont permis à des jeunes porteurs de projets innovants d’émerger, même si l'accès à l'investissement reste limité.


2. Les défis économiques persistants : Crise de confiance et blocages structurels

Mais derrière ces signaux positifs, de nombreux défis freinent encore la croissance économique. La confiance entre les acteurs – pouvoirs publics, entreprises, et société civile – reste fragile. Cette crise de confiance se manifeste dans la faible collaboration, la méfiance vis-à-vis des institutions publiques, et la difficulté à créer des partenariats durables. La corruption, l’inefficacité des administrations, et le manque de transparence dans l’attribution des marchés publics alimentent ce sentiment.

Les infrastructures sont un autre point noir. Routes impraticables, réseaux d’électricité et d’eau défaillants, faiblesse de la connectivité numérique : ces lacunes structurelles rendent les coûts de production élevés et découragent les investisseurs. À cela s’ajoute une insécurité chronique dans certains quartiers périphériques, qui pèse lourdement sur l’activité économique, particulièrement en soirée ou sur les axes de ravitaillement agricole.

L’accès au financement est aussi un goulot d’étranglement. Les PME et les microentreprises peinent à convaincre les banques locales, qui exigent souvent des garanties inaccessibles. Les fonds d’investissement et les lignes de crédit spécifiques sont rares ou mal adaptés. Résultat : de nombreuses entreprises ne passent jamais à l’échelle.

Enfin, la gestion des ressources naturelles – comme la pierre, l’eau ou les forêts – reste anarchique, avec peu de contrôle, favorisant l’exploitation illégale et la dégradation de l’environnement. Le manque de vision stratégique à long terme empêche de transformer ces ressources en richesses durables.


3. Les initiatives d’accompagnement des PME : Quels impacts à mi-parcours ?

Depuis le début de l’année, plusieurs programmes ont été mis en place pour soutenir les PME locales. Le gouvernement provincial, en partenariat avec des ONG internationales, a lancé des formations sur la gestion d’entreprise, des accompagnements à la formalisation, et des campagnes de sensibilisation sur l’importance de la comptabilité et de la fiscalité.

Parmi les actions marquantes, on note la création de guichets uniques pour la création d’entreprise, la mise à disposition d’espaces de co-working subventionnés, et l’organisation de salons de mise en relation avec les investisseurs. Ces dispositifs ont permis à de nombreuses PME d'accéder à un accompagnement personnalisé, favorisant une meilleure structuration de leurs modèles économiques.

Cependant, l’impact réel de ces initiatives reste contrasté. Si certains entrepreneurs affirment avoir trouvé un souffle nouveau grâce à ces appuis, beaucoup dénoncent leur caractère ponctuel, le manque de suivi et la centralisation excessive dans les zones urbaines. Les PME en zones rurales ou périphériques restent largement en marge de ces dispositifs.

Les effets sur l’emploi sont réels, mais encore timides : selon des chiffres locaux, les nouvelles entreprises soutenues auraient permis la création d’environ 1 200 emplois directs sur le premier semestre 2025. Un chiffre encourageant, mais insuffisant au regard du chômage massif des jeunes.


4. La place de l’informel dans l’économie de Goma : Avancées et défis

L’économie informelle représente aujourd’hui plus de 70 % de l’activité économique à Goma. Elle constitue un filet de sécurité pour des milliers de familles, notamment dans les secteurs du petit commerce, du transport, de la construction artisanale, et des services domestiques. Ce secteur, dynamique et souple, permet d’absorber des chocs économiques majeurs.

Des efforts ont été engagés pour encourager la formalisation : simplification des procédures d’enregistrement, incitations fiscales pour les jeunes entreprises, campagnes d’information sur les avantages de la bancarisation… Des outils numériques, comme les plateformes de paiement mobile ou les carnets comptables digitaux, sont aussi utilisés pour intégrer progressivement l’informel dans l’économie formelle.

Mais la route reste longue. Les freins à la formalisation sont nombreux : méconnaissance des lois, peur de la fiscalité, manque de confiance dans l’administration publique, et contraintes économiques. Beaucoup d’acteurs préfèrent rester dans l’informel par peur d’être soumis à une taxation abusive ou d’être pénalisés par la complexité du système.

La question de l'accès aux services bancaires est également cruciale. Moins de 30 % des travailleurs du secteur informel disposent d’un compte en banque. Cela limite leurs capacités d’épargne, d’investissement, ou d’accès au crédit. Des initiatives de microfinance ont vu le jour, mais elles restent insuffisantes pour couvrir l’ensemble des besoins.


Conclusion générale du dossier

À mi-parcours de 2025, l’économie de Goma montre des signes positifs de transformation, mais elle reste freinée par des obstacles structurels et des inerties institutionnelles. Pour consolider les avancées observées dans les secteurs moteurs, il est impératif d’instaurer un climat de confiance, de moderniser les infrastructures, et de renforcer l’accompagnement des PME. L’intégration progressive du secteur informel, si elle est bien conduite, peut devenir un véritable levier d’inclusion et de croissance. L’avenir économique de Goma repose sur une vision partagée, des politiques cohérentes, et une mobilisation collective de ses forces vives.