Mi-2025 : Réflexion sur le parcours économique de Goma

Patient NGANDU - Directeur de publication 

Alors que nous franchissons le cap de la mi-année 2025, l’heure est à la réflexion pour les acteurs économiques de Goma. La ville, carrefour stratégique de la région des Grands Lacs, a connu ces derniers mois des évolutions notables dans plusieurs secteurs clés. Entre succès encourageants et défis persistants, le moment semble propice pour un examen lucide du chemin parcouru et des efforts à poursuivre pour bâtir une économie locale durable et résiliente.

Il faut saluer, tout d’abord, l’esprit d’initiative qui anime les entrepreneurs de Goma. De nombreuses PME, portées par une jeunesse audacieuse et des femmes entrepreneures de plus en plus visibles, ont vu le jour dans les secteurs du commerce, de la technologie, de l’agroalimentaire et des services. Cette dynamique traduit une volonté collective de prendre en main le destin économique de la ville. Les foires locales, les salons de l’innovation et les plateformes d’accompagnement à l’entrepreneuriat ont également contribué à renforcer l’écosystème.

Les avancées dans les infrastructures, bien que lentes, méritent aussi d’être reconnues. L’amélioration de certains axes routiers, la reprise partielle du trafic aérien et les efforts pour dynamiser le commerce transfrontalier témoignent d’un engagement – certes inégal – des autorités à soutenir l’économie locale. Le secteur du tourisme, malgré un contexte sécuritaire encore fragile, montre aussi des signes de reprise, attirant des visiteurs curieux de découvrir les richesses naturelles et culturelles du Kivu.

Mais ces avancées ne doivent pas masquer les fragilités persistantes. Le climat des affaires reste marqué par l’instabilité politique, l’insécurité dans certaines zones périphériques et la faiblesse des institutions de régulation. La corruption, la lourdeur administrative et l’accès limité au financement continuent d’entraver l’épanouissement de nombreuses initiatives prometteuses. Le tissu économique local peine encore à s’industrialiser et reste largement informel, exposant les populations à la précarité.

Le chômage des jeunes, bien qu’en légère baisse, reste une bombe à retardement. Les formations techniques et professionnelles manquent de pertinence face aux besoins réels du marché. Par ailleurs, la transition écologique reste largement ignorée dans les plans de développement, alors que les pressions sur l’environnement s’intensifient.

À mi-parcours de cette année 2025, l’éditorialiste ne peut que lancer un appel à l’introspection collective. Gouvernants, entrepreneurs, investisseurs, citoyens : il est temps de questionner nos priorités, de renforcer les synergies, et d’investir sérieusement dans la construction d’un modèle économique plus inclusif, plus vert et plus résilient. Goma ne peut miser uniquement sur son potentiel géographique et humain : elle doit aussi renforcer ses institutions, encourager la transparence, et soutenir les initiatives structurantes.

Le bilan à mi-année est donc mitigé : des signes de vitalité encourageants, mais encore trop dispersés pour produire une transformation systémique. Si l’on veut qu’à la fin de 2025, Goma se dresse comme une ville modèle de relèvement et de résilience, c’est dès maintenant qu’il faut consolider les acquis, corriger les erreurs et oser les réformes de fond.