Les obstacles à l’entrepreneuriat inclusif : témoignages de porteurs de projets

À Goma, l’esprit d’initiative ne manque pas. Chaque jour, de jeunes femmes, des diplômés sans emploi, des personnes en situation de handicap ou issues de milieux modestes tentent de se frayer un chemin dans le monde de l’entrepreneuriat. Pourtant, derrière la vitalité apparente de ce secteur, se cachent des réalités souvent méconnues : des barrières économiques, sociales et structurelles qui freinent la participation équitable de tous.

Des financements encore inaccessibles

La majorité des porteurs de projets interrogés soulignent la difficulté d’obtenir un financement au démarrage.

« Les banques demandent des garanties que je n’ai pas. Même les programmes de microcrédit exigent parfois des conditions impossibles à remplir », témoigne Amina K., jeune créatrice d’une marque artisanale à Katindo.

Ce constat revient avec insistance : le manque de confiance du système financier envers les jeunes et les femmes entrepreneurs reste un obstacle majeur à l’émergence d’un écosystème véritablement inclusif.

La formation et l’accompagnement, des besoins cruciaux

Si la créativité est bien présente, la maîtrise des outils de gestion, de communication ou de planification reste limitée.

« J’ai commencé mon activité sans formation en comptabilité ni en marketing. Je fais beaucoup d’erreurs qui me coûtent cher », explique Jean-Paul M., gérant d’un atelier de menuiserie dans le quartier Himbi.

Les programmes de formation existants, bien qu’utiles, ne touchent encore qu’une minorité d’entrepreneurs et manquent souvent de suivi à long terme.

Les barrières sociales et culturelles persistent

Au-delà des contraintes économiques, les stéréotypes jouent également un rôle dissuasif.

« Dans notre communauté, une femme chef d’entreprise est encore perçue comme arrogante ou difficile », confie Grace N., pâtissière à Mugunga.

Ces préjugés freinent l’émancipation économique des femmes et leur accès à des réseaux professionnels souvent dominés par les hommes.

Des signes d’espoir : la résilience et la solidarité locale

Malgré ces difficultés, une nouvelle génération d’entrepreneurs continue de croire à la transformation du modèle local.
Des structures comme Kivu Entrepreneurs, Ecopeace Builders, ou encore Wakisha Hub commencent à proposer des espaces d’échange, des accompagnements personnalisés et des microfinancements adaptés.

Ces initiatives ouvrent la voie à une économie de proximité plus solidaire et participative, où les entrepreneurs s’entraident pour surmonter les obstacles communs.

Vers un écosystème plus équitable

L’enquête révèle un besoin urgent d’approches coordonnées entre pouvoirs publics, acteurs privés et organisations de la société civile. L’objectif : créer des passerelles entre les idées et les opportunités, entre le potentiel humain et le capital financier. Faire de Goma un exemple d’écosystème entrepreneurial inclusif, c’est miser sur l’énergie de sa population dans toute sa diversité pour bâtir une économie réellement partagée.