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Dédollariser par les transferts, le pari délicat de la Banque centrale

En s’attaquant frontalement aux messageries financières, la Banque centrale du Congo (BCC) choisit un terrain stratégique mais sensible dans sa lutte contre la dollarisation. Les transferts d’argent, devenus un réflexe quotidien pour des millions de Congolais, constituent aujourd’hui l’un des canaux les plus puissants de circulation du dollar dans l’économie nationale. En exiger l’ouverture systématique au franc congolais, c’est tenter de réintroduire la monnaie nationale là où elle a progressivement été reléguée au second plan.  Le diagnostic de la BCC est sans équivoque : plus de 80 % des transferts domestiques se font en devises étrangères, et les flux internationaux sont quasi exclusivement dollarisés. Cette réalité n’est pas seulement technique, elle est profondément structurelle. Elle traduit une perte de confiance ancienne dans la monnaie nationale, nourrie par l’inflation chronique, l’instabilité macroéconomique et la prédominance d’une économie d’importation.  Avec l’arrivée d’André Wameso à sa tête, la BCC assume désormais une stratégie de reconquête monétaire. La baisse significative du taux directeur, la pression accrue sur les banques commerciales et, aujourd’hui, le ciblage des messageries financières s’inscrivent dans une même logique : rendre le franc congolais à nouveau utile, accessible et crédible dans les usages quotidiens. En théorie, l’approche est cohérente. Une monnaie ne se renforce pas seulement par décret, mais par sa circulation effective dans l’économie réelle.  Toutefois, la dédollarisation reste un exercice d’équilibriste. Forcer trop rapidement la substitution monétaire comporte des risques bien identifiés : fragmentation des prix, montée de l’informel, arbitrages défavorables entre marché officiel et marché parallèle. Dans un pays où les réserves de change couvrent à peine quelques mois d’importations et où plus de 90 % des transactions demeurent libellées en devises, la prudence est de rigueur.  La question centrale n’est donc pas de savoir si la BCC a raison d’agir, mais si le cadre macroéconomique est suffisamment solide pour soutenir durablement ce changement de comportement. Tant que le dollar restera perçu comme plus stable, plus liquide et plus protecteur de l’épargne, les résistances persisteront, qu’elles soient visibles ou souterraines.  En ciblant les transferts d’argent, la Banque centrale teste aujourd’hui la crédibilité de sa stratégie. Si le franc congolais parvient à s’imposer dans ces flux sans provoquer de tensions majeures, ce sera un signal fort en faveur d’une souveraineté monétaire retrouvée. Dans le cas contraire, la dédollarisation restera un objectif proclamé, mais difficilement vécu.  L’avenir du franc congolais ne se jouera pas uniquement dans les circulaires de la BCC, mais dans la confiance quotidienne que les citoyens accepteront ou non de lui accorder.

En s’attaquant frontalement aux messageries financières, la Banque centrale du Congo (BCC) choisit un terrain stratégique mais sensible dans sa lutte contre la dollarisation. Les transferts d’argent, devenus un réflexe quotidien pour des millions de Congolais, constituent aujourd’hui l’un des canaux les plus puissants de circulation du dollar dans l’économie nationale. En exiger l’ouverture systématique au franc congolais, c’est tenter de réintroduire la monnaie nationale là où elle a progressivement été reléguée au second plan.

Le diagnostic de la BCC est sans équivoque : plus de 80 % des transferts domestiques se font en devises étrangères, et les flux internationaux sont quasi exclusivement dollarisés. Cette réalité n’est pas seulement technique, elle est profondément structurelle. Elle traduit une perte de confiance ancienne dans la monnaie nationale, nourrie par l’inflation chronique, l’instabilité macroéconomique et la prédominance d’une économie d’importation.

Avec l’arrivée d’André Wameso à sa tête, la BCC assume désormais une stratégie de reconquête monétaire. La baisse significative du taux directeur, la pression accrue sur les banques commerciales et, aujourd’hui, le ciblage des messageries financières s’inscrivent dans une même logique : rendre le franc congolais à nouveau utile, accessible et crédible dans les usages quotidiens. En théorie, l’approche est cohérente. Une monnaie ne se renforce pas seulement par décret, mais par sa circulation effective dans l’économie réelle.

Toutefois, la dédollarisation reste un exercice d’équilibriste. Forcer trop rapidement la substitution monétaire comporte des risques bien identifiés : fragmentation des prix, montée de l’informel, arbitrages défavorables entre marché officiel et marché parallèle. Dans un pays où les réserves de change couvrent à peine quelques mois d’importations et où plus de 90 % des transactions demeurent libellées en devises, la prudence est de rigueur.

La question centrale n’est donc pas de savoir si la BCC a raison d’agir, mais si le cadre macroéconomique est suffisamment solide pour soutenir durablement ce changement de comportement. Tant que le dollar restera perçu comme plus stable, plus liquide et plus protecteur de l’épargne, les résistances persisteront, qu’elles soient visibles ou souterraines.

En ciblant les transferts d’argent, la Banque centrale teste aujourd’hui la crédibilité de sa stratégie. Si le franc congolais parvient à s’imposer dans ces flux sans provoquer de tensions majeures, ce sera un signal fort en faveur d’une souveraineté monétaire retrouvée. Dans le cas contraire, la dédollarisation restera un objectif proclamé, mais difficilement vécu.

L’avenir du franc congolais ne se jouera pas uniquement dans les circulaires de la BCC, mais dans la confiance quotidienne que les citoyens accepteront ou non de lui accorder.