Finances publiques en RDC : le signal d’alarme d’un déficit persistant
La publication des chiffres de la Banque centrale du Congo (BCC) sur la situation des finances publiques à fin novembre 2025 mérite une lecture attentive, au-delà de la froideur des statistiques. Un déficit cumulé de 4 110,6 milliards de francs congolais à la balance des opérations financières de l’État n’est pas un simple indicateur comptable : c’est le révélateur d’un déséquilibre structurel qui continue de peser sur l’économie nationale.
Ce déficit traduit d’abord un écart persistant entre les ressources mobilisées et les engagements de l’État. Malgré les efforts affichés en matière de mobilisation des recettes, les dépenses publiques – qu’elles soient liées au fonctionnement, aux investissements ou aux urgences sécuritaires et sociales – continuent de dépasser les capacités financières réelles du Trésor.
Dans un contexte marqué par des besoins sociaux croissants, des pressions sécuritaires à l’Est et des attentes élevées en matière d’infrastructures, la tentation de financer l’action publique par l’endettement ou des mécanismes exceptionnels reste forte. Or, cette trajectoire comporte des risques bien connus : pression inflationniste, fragilisation de la monnaie nationale et réduction des marges de manœuvre budgétaires.
La question centrale n’est donc pas seulement celle du déficit, mais celle de sa qualité. À quoi servent les ressources mobilisées ? Quelle part est réellement orientée vers des investissements productifs capables de soutenir la croissance, créer des emplois et élargir l’assiette fiscale à moyen terme ? Sans réponses claires à ces interrogations, le déficit devient un simple report des difficultés sur les générations futures.
Plus que jamais, la RDC est appelée à renforcer la discipline budgétaire, améliorer la transparence dans la gestion des finances publiques et accélérer les réformes structurelles, notamment dans la mobilisation des recettes internes et la rationalisation des dépenses. Le déficit de 4 110 milliards CDF n’est pas une fatalité, mais un avertissement.
Ignorer ce signal reviendrait à normaliser le déséquilibre. L’entendre, en revanche, pourrait ouvrir la voie à une gestion publique plus soutenable et plus crédible, condition essentielle pour la stabilité macroéconomique et la confiance des citoyens comme des partenaires.
