Les jeunes de Goma face à la gestion de l’argent

 

Perceptions, pratiques et défis d’une génération en quête de stabilité financière

À Goma, les jeunes représentent une grande partie de la population active. Entre débrouillardise, entrepreneuriat informel et quête d’opportunités, ils sont au cœur de la dynamique économique locale. Mais qu’en est-il de leur rapport à l’argent ?

Cette enquête vise à comprendre comment les jeunes perçoivent la gestion financière, quelles sont leurs pratiques quotidiennes, les difficultés qu’ils rencontrent et leurs attentes en matière d’éducation financière.

Méthodologie de l’enquête

L’enquête a été menée auprès de 120 jeunes âgés de 18 à 35 ans, issus de différents quartiers de Goma (Katindo, Majengo, Birere, Ndosho).

Les outils utilisés :

  • Questionnaires semi-structurés
  • Entretiens individuels
  • Discussions de groupe

Les profils interrogés :

  • Étudiants
  • Petits commerçants
  • Motards (taxi-motos)
  • Jeunes entrepreneurs

1. Perception de l’argent : entre nécessité et pression sociale

Pour la majorité des jeunes interrogés, l’argent est perçu avant tout comme un moyen de survie.

  • 68 % déclarent que leur priorité est de couvrir leurs besoins quotidiens
  • 22 % associent l’argent à la réussite sociale
  • 10 % le voient comme un outil d’investissement

Un jeune de Birere témoigne :

« Ici, si tu gagnes aujourd’hui, tu dois manger aujourd’hui. Penser à demain, ce n’est pas toujours possible. »

Cette perception montre que la gestion financière est souvent orientée vers le court terme, avec peu de projection dans l’avenir.

2. Pratiques actuelles : une gestion intuitive et informelle

L’enquête révèle que la majorité des jeunes gèrent leur argent sans outils formels.

  • 74 % n’utilisent aucun budget écrit
  • 61 % dépensent leur argent au jour le jour
  • 52 % disent ne pas savoir combien ils dépensent réellement par semaine

Cependant, certaines pratiques positives émergent :

  • 39 % affirment épargner, souvent de manière informelle
  • Les tontines et groupes d’épargne restent populaires

Malgré cela, l’épargne reste irrégulière et souvent interrompue par des urgences.

3. Les obstacles à l’épargne et à l’investissement

Plusieurs freins majeurs ont été identifiés :

a. Revenus faibles et irréguliers

  • 81 % des jeunes interrogés déclarent avoir des revenus instables

Cela rend difficile toute planification financière.

b. Pression sociale et familiale

  • Aider la famille élargie est une obligation fréquente
  • Les dépenses sociales (événements, contributions) limitent l’épargne

c. Manque de connaissances financières

  • 67 % disent ne pas avoir appris à gérer leur argent
  • Beaucoup ignorent les notions de base comme le budget ou l’investissement

d. Méfiance envers les institutions financières

  • Peur des banques
  • Manque de confiance dans les systèmes formels

4. Rapport à l’investissement : une notion encore floue

L’investissement reste une notion peu maîtrisée :

  • 58 % pensent que l’investissement est réservé aux riches
  • 27 % associent cela uniquement au commerce
  • 15 % n’en ont aucune idée claire

Cependant, certains jeunes investissent déjà sans le savoir :

  • Achat de marchandises pour revente
  • Petit élevage
  • Activités génératrices de revenus

Cela montre un potentiel important, mais encore mal structuré.

5. Attentes des jeunes en matière d’éducation financière

Les résultats montrent un intérêt fort pour l’apprentissage :

  • 85 % souhaitent recevoir une formation en gestion financière
  • 72 % préfèrent des formations pratiques (exemples concrets, cas réels)
  • 64 % sont intéressés par des outils simples (applications mobiles, carnets de budget)

Les formats les plus demandés :

  • Ateliers de proximité
  • Contenus sur téléphone (WhatsApp, vidéos courtes)
  • Programmes accessibles financièrement

Un étudiant de Ndosho explique :

« On veut apprendre, mais pas avec des théories compliquées. On veut comprendre avec notre réalité. »

Analyse : Une génération à fort potentiel mais peu encadrée

Cette enquête révèle une réalité claire :
Les jeunes de Goma ont une forte capacité d’initiative, mais manquent d’accompagnement structuré.

Ils développent des stratégies de survie efficaces, mais sans outils financiers adaptés, ces efforts restent limités dans leur impact à long terme.

Conclusion et pistes de solutions

Pour améliorer la situation, plusieurs actions sont essentielles :

  • Intégrer l’éducation financière dans les écoles et universités
  • Développer des programmes locaux adaptés aux réalités de Goma
  • Promouvoir des outils simples de gestion financière
  • Encourager les groupes d’épargne et les initiatives communautaires
  • Sensibiliser à l’investissement à petite échelle

Ouverture

L’éducation financière représente une opportunité stratégique pour transformer les pratiques économiques des jeunes à Goma. En leur donnant les bons outils, il est possible de passer d’une logique de survie à une logique de construction et de croissance.