Violences obstétricales : une normalisation dangereuse
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Les témoignages qui émergent autour des violences obstétricales dans certains hôpitaux publics en République démocratique du Congo révèlent une réalité profondément préoccupante. L’affaire impliquant le docteur David, loin d’être un cas isolé, semble plutôt exposer une pratique ancrée et banalisée dans plusieurs structures de santé.
Derrière les récits glaçants de femmes frappées, humiliées ou brutalement contraintes lors de l’accouchement, se dessine un système où la violence est parfois perçue comme un outil de travail. Certains témoignages vont même jusqu’à justifier ces actes, les présentant comme nécessaires pour « sauver des vies ». Une justification inquiétante, qui trahit une dérive grave des pratiques médicales.
Car aucun argument, aussi pragmatique soit-il, ne peut légitimer la violence faite à une femme en situation de vulnérabilité extrême. L’accouchement n’est pas un champ de bataille où la peur doit être combattue par la brutalité. C’est un moment critique qui exige compétence, sang-froid, mais surtout humanité.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que la République démocratique du Congo affiche un taux de mortalité maternelle parmi les plus élevés au monde. Si la violence était réellement un levier d’efficacité, ces chiffres seraient en baisse. Or, ils restent alarmants, ce qui impose une remise en question urgente des pratiques.
Au-delà des structures sanitaires, c’est toute une culture de banalisation de la violence qui est en cause. Lorsqu’une gifle devient un geste toléré, lorsqu’un cri est étouffé par la peur d’être punie, c’est la dignité humaine qui recule.
Il est impératif que les autorités sanitaires prennent la mesure de cette crise silencieuse. La formation du personnel médical, le renforcement de l’éthique professionnelle, la mise en place de mécanismes de plainte accessibles et la responsabilisation des acteurs de santé doivent devenir des priorités nationales.
Mais le changement ne viendra pas uniquement d’en haut. Il doit aussi naître d’une prise de conscience collective. Refuser de normaliser la violence, écouter les victimes, et exiger des soins respectueux sont des actes citoyens essentiels. Chaque femme mérite d’accoucher dans la dignité, la sécurité et le respect. Ce droit fondamental ne devrait jamais être négociable.
