Combien coûte l’eau potable à Goma ?

À Goma, le prix de l’eau potable n’est pas fixe. Il varie selon les quartiers, les sources d’approvisionnement, la disponibilité du service et les crises ponctuelles (grèves, pénuries, coupures). Cette fluctuation fait de l’eau un bien à la fois essentiel et économiquement instable pour les ménages.

1. Les prix pratiqués selon les fournisseurs

a) Eau de la REGIDESO (réseau public)

Lorsque le service est disponible, l’eau du réseau public reste la moins chère.

  • Prix théorique : relativement faible par mètre cube
  • Mais disponibilité irrégulière dans plusieurs quartiers
  • Accès limité aux zones centrales

Problème majeur : même si le coût est bas, l’eau n’est pas toujours accessible.

b) Bornes-fontaines

Les bornes-fontaines sont la principale alternative pour de nombreux ménages.

  • Prix moyen : environ 100 à 500 FC par bidon de 20 litres
  • En période de pénurie : jusqu’à 500 FC voire plus

Ce système reste populaire mais dépend fortement de la disponibilité et de la pression démographique.

c) Vendeurs ambulants (camions-citernes, bicyclettes, triporteurs)

C’est la solution la plus coûteuse pour les ménages.

  • Prix courant : 250 à 1 000 FC par bidon de 20 litres
  • En cas de grève ou forte pénurie : le prix peut atteindre le maximum observé

Exemple documenté : lors de certaines crises, le prix est passé de 250 FC à 1 000 FC en quelques jours.

d) Eau conditionnée (sachets et bidons privés)

Dans certains quartiers urbains :

  • Eau en sachet ou bouteilles : plus chère au litre
  • Utilisée surtout pour la consommation directe

2. Conversion du coût réel de l’eau

Un bidon de 20 litres vendu entre 500 et 1 000 FC revient approximativement à :

  • 25 FC à 50 FC par litre

À titre comparatif :

  • Eau publique (quand accessible) : coût beaucoup plus bas
  • Eau vendue par intermédiaires : jusqu’à 10 à 20 fois plus chère

3. Les zones les plus touchées par les prix élevés

Les quartiers les plus affectés par la hausse des prix sont généralement :

  • Mugunga
  • Ndosho
  • Majengo
  • Karisimbi périphérique
  • Zones proches du territoire de Nyiragongo

Raisons :

  • éloignement des réseaux principaux
  • forte densité de population
  • manque de bornes-fontaines fonctionnelles
  • difficultés logistiques pour les camions-citernes

4. Impact du coût sur les ménages

a) Pression économique quotidienne

Une famille peut consommer plusieurs bidons par jour.

Exemple :

  • 3 bidons/jour à 500 FC = 1 500 FC/jour
  • soit près de 45 000 FC/mois uniquement pour l’eau

Dans un contexte où les revenus sont limités, cela devient une charge lourde.

b) Inégalités sociales

  • Les ménages à revenu élevé achètent de l’eau propre sans difficulté
  • Les ménages pauvres recourent à des sources non sûres (puits, eau du lac)

c) Conséquences sanitaires

Pour réduire les coûts, certaines familles consomment de l’eau non traitée, ce qui augmente :

  • les maladies diarrhéiques
  • le choléra
  • la typhoïde

d) Impact sur les activités économiques

  • Restaurants et hôtels : augmentation des coûts d’exploitation
  • Petites entreprises : baisse de rentabilité
  • Écoles et structures de santé : dépenses supplémentaires

5. Conclusion de l’enquête

Le coût de l’eau à Goma révèle une réalité paradoxale : plus l’eau est difficile à accéder, plus elle devient chère. Le système actuel crée une forte dépendance aux fournisseurs privés, rendant l’eau potable un bien de marché plutôt qu’un service public stable.

Tant que l’infrastructure restera insuffisante et inégalement répartie, les ménages continueront à payer le prix fort pour un besoin vital.