Les chiffres clés de l’économie à Goma au premier trimestre 2025

Le premier trimestre 2025 s’est inscrit dans un environnement paradoxal pour Goma : des signaux macroéconomiques nationaux relativement rassurants, mais une réalité locale encore marquée par la pression sécuritaire, la hausse des coûts logistiques et la prudence des investisseurs.

Au niveau national, les recettes publiques de la RDC ont atteint 5 723 milliards FC au T1 2025, soit 109 % des prévisions, preuve d’une mobilisation fiscale renforcée.
Dans le même temps, l’inflation cumulée est restée contenue autour de 3,1 %, en recul par rapport à 2024, offrant un léger répit sur les prix.

À Goma, ces tendances se traduisent par une stabilisation relative du commerce urbain, mais avec des écarts importants selon les secteurs.

Indicateurs à retenir pour Goma

  • Inflation locale : pression persistante sur les produits alimentaires importés
  • Emploi : hausse de l’auto-emploi et du travail informel
  • Investissements : progression des micro-investissements dans le commerce et le numérique
  • Taux de change : influence directe sur les prix transfrontaliers
  • Liquidité : montée des transactions via mobile money
  • BTP : reprise modérée des chantiers privés

Le fait marquant reste la résilience du tissu économique informel, qui absorbe une part croissante de la demande d’emploi.

Quels secteurs ont connu une croissance significative ?

Plusieurs secteurs se sont distingués durant ce début d’année.

1) Commerce transfrontalier

Le corridor Goma–Gisenyi demeure l’un des moteurs majeurs. Malgré des perturbations logistiques, les échanges de biens de consommation, matériaux de construction et produits agricoles ont continué d’alimenter les marchés urbains.

2) BTP et immobilier

Porté par la croissance démographique et la demande en logements, le BTP local reste dynamique, en cohérence avec la priorité nationale accordée aux infrastructures et à la diversification économique.

3) Numérique et fintech

Le trimestre confirme l’essor :

  • du mobile money
  • des services de transfert
  • des boutiques digitales
  • du marketing en ligne
  • des microservices informatiques

À Goma, la digitalisation devient une réponse directe à l’instabilité des flux physiques.

4) Agriculture périurbaine

Les zones de Nyiragongo, Sake et Masisi ont renforcé l’approvisionnement en légumes, pommes de terre, maïs et produits laitiers, limitant partiellement la dépendance aux importations.

Les défis économiques rencontrés par les entreprises locales

Les entreprises gomatraciennes ont affronté plusieurs contraintes majeures :

1) Insécurité sur les axes

Les perturbations vers Rutshuru, Masisi et Beni augmentent les coûts d’approvisionnement.

2) Fiscalité multiple

Les PME dénoncent :

  • taxes redondantes
  • contrôles multiples
  • frais non harmonisés
  • complexité administrative

3) Faible accès au crédit

Les banques restent prudentes, poussant les entrepreneurs vers :

  • tontines
  • coopératives
  • financements familiaux
  • solutions communautaires

4) Dépréciation du pouvoir d’achat

La clientèle locale privilégie les produits essentiels, réduisant la marge sur les biens non prioritaires.

Témoignage type d’entrepreneur

« Le marché bouge, mais le client achète moins en volume. Nous vendons plus souvent, mais en petites quantités. »

Cette phrase résume parfaitement la réalité du trimestre.

Investissements et financements : quelles tendances pour ce début d’année ?

Le T1 2025 montre une tendance intéressante : moins de grands investissements, mais plus de petits capitaux agiles.

Tendances observées

  • micro-investissements dans le commerce
  • financement participatif local
  • tontines entrepreneuriales
  • diaspora financing
  • partenariats ONG–PME
  • appui aux startups numériques

Au niveau national, la RDC a renforcé sa stratégie d’attraction des investissements productifs, notamment dans les infrastructures, l’énergie et le logement.

Pour Goma, cela ouvre des perspectives dans :

  • la logistique
  • la transformation agroalimentaire
  • la distribution
  • les services numériques
  • la construction

L’impact des réformes fiscales et réglementaires

Le premier trimestre 2025 a été marqué par une meilleure performance des régies financières, reflet des réformes de mobilisation des recettes.

À Goma, les effets sont contrastés.

Effets positifs

  • meilleure formalisation des activités
  • progression des paiements électroniques
  • amélioration de la traçabilité fiscale
  • élargissement progressif de l’assiette

Effets négatifs

  • sentiment de pression sur les petites entreprises
  • incompréhension des nouvelles procédures
  • surcharge administrative
  • risque de retour à l’informel

Le véritable enjeu pour la ville reste l’équilibre entre élargissement fiscal et protection de la compétitivité des PME.

Conclusion du dossier

Le premier trimestre 2025 montre une économie de Goma plus résistante que stable.
La croissance observée dans le numérique, le BTP, le commerce frontalier et l’agriculture contraste avec les fragilités structurelles : sécurité, fiscalité, financement et pouvoir d’achat.

Le reste de l’année dépendra surtout de trois leviers :

  1. sécurisation des corridors économiques
  2. fluidité du commerce régional
  3. accès au financement des PME

Goma confirme ainsi son statut de hub économique de résilience dans l’Est de la RDC.