Le pouvoir d’achat des ménages : évolution et perspectives
Au premier trimestre 2025, le pouvoir d’achat des ménages de Goma s’est imposé comme l’un des meilleurs baromètres de la santé économique locale. Derrière les indicateurs macroéconomiques, c’est dans les marchés, les transports, les loyers et les dépenses scolaires que se mesure réellement la pression économique ressentie par les Gomatraciens.
Les trois premiers mois de l’année ont été marqués par une hausse continue du coût de la vie, alors que les revenus des ménages sont restés globalement stables. Selon les observations recueillies auprès des commerçants et consommateurs locaux, plusieurs produits de première nécessité — maïs, riz, haricots, huile végétale — ont enregistré des hausses estimées entre 10 et 20 % par rapport à fin 2024.
Cette évolution pèse directement sur la structure de consommation des familles.
Une consommation recentrée sur l’essentiel
À Goma, les ménages ont progressivement réorganisé leurs priorités budgétaires.
Les dépenses se concentrent désormais sur :
- l’alimentation
- le loyer
- le transport
- la santé
- la scolarité
- l’énergie domestique
Les achats non prioritaires habillement, loisirs, équipements, restauration sont les premiers sacrifiés.
Cette tendance se traduit par une nouvelle logique de consommation :
acheter moins, mais plus souvent
privilégier les petits formats
se tourner vers les produits locaux
Dans les marchés comme Birere, Virunga ou Kituku, de nombreux vendeurs observent une baisse du panier moyen, même lorsque la fréquentation reste soutenue.
L’évolution des prix : les postes les plus sensibles
1) Produits alimentaires
L’alimentation absorbe la plus grande part du budget des ménages.
Les facteurs expliquant la hausse :
- coûts de transport élevés
- perturbation des axes d’approvisionnement
- pression sur le taux de change
- dépendance aux importations régionales
- variation saisonnière des récoltes
Les produits frais issus de l’agriculture périurbaine ont légèrement amorti le choc, mais pas suffisamment pour inverser la tendance.
2) Transport urbain
La hausse du carburant et des pièces détachées a poussé à la révision des tarifs :
- motos-taxis
- minibus
- bus interquartiers
Pour les travailleurs, cela réduit le revenu réellement disponible en fin de journée.
3) Logement et énergie
Les loyers restent sous tension dans plusieurs quartiers attractifs :
- Himbi
- Katindo
- Ndosho
- Keshero
À cela s’ajoutent :
- coût du carburant pour générateurs
- factures électriques irrégulières
- dépenses en charbon et gaz domestique
L’impact sur le quotidien des Gomatraciens
Le premier trimestre a profondément modifié les habitudes des familles.
Nouvelles stratégies d’adaptation
- achats groupés entre voisins
- recours aux tontines
- réduction des déplacements
- multiplication des activités secondaires
- vente à domicile
- commerce en ligne
- micro-services numériques
De plus en plus de ménages développent une économie à revenus multiples : salaire principal + petit commerce + activité digitale + soutien familial.
Cette hybridation économique devient une réponse directe à l’érosion du pouvoir d’achat.
Témoignages de terrain
« Avant, on faisait le marché pour la semaine. Aujourd’hui, on achète au jour le jour selon l’argent disponible. »
« Le transport prend une part énorme de mon revenu, surtout avec les trajets quotidiens vers le centre-ville. »
« Beaucoup de familles lancent une petite activité à côté pour tenir jusqu’à la fin du mois. »
Ces témoignages illustrent une réalité : la baisse du pouvoir d’achat ne signifie pas forcément baisse de revenus, mais surtout hausse plus rapide des dépenses contraintes.
Perspectives pour le reste de l’année
Les prochains mois dépendront de cinq variables majeures :
1) Stabilisation des axes d’approvisionnement
Une meilleure fluidité vers Sake, Masisi, Rutshuru et Bukavu pourrait soulager les prix.
2) Agriculture locale
Les récoltes du deuxième trimestre pourraient améliorer l’offre alimentaire.
3) Taux de change
Toute volatilité du franc congolais aura un effet immédiat sur les biens importés.
4) Dynamique de l’emploi
La montée des micro-activités numériques et commerciales pourrait soutenir les revenus.
5) Mesures publiques
Un soutien ciblé aux PME, au transport et à l’agriculture aurait un effet indirect positif sur les ménages.
Conclusion de l’enquête
Le véritable enjeu pour le reste de l’année sera de savoir si cette résilience domestique peut encore absorber de nouveaux chocs, ou si une pression prolongée finira par freiner durablement la consommation locale moteur essentiel de l’économie urbaine.
