Vivre dans l’habitat précaire : le quotidien difficile des habitants de Goma
Dans plusieurs quartiers périphériques de Goma, l’habitat précaire fait désormais partie du paysage urbain. Derrière les constructions improvisées et les ruelles étroites se cachent des milliers de familles confrontées chaque jour à des difficultés liées au logement, à l’accès à l’eau, à l’électricité, à l’assainissement et à la sécurité.
Cette enquête donne la parole à des habitants vivant dans des quartiers informels de Goma afin de mieux comprendre leurs réalités quotidiennes, leurs inquiétudes et leurs attentes face à une urbanisation qui progresse plus vite que les infrastructures publiques.
Une croissance urbaine qui dépasse les capacités de la ville
Depuis plusieurs années, Goma connaît une forte croissance démographique alimentée par l’exode rural, les déplacements de populations et le développement des activités économiques. Faute de logements accessibles et de politiques urbaines adaptées, de nombreuses familles s’installent dans des zones non aménagées.
Dans certains quartiers, les maisons sont construites en planches, en tôles ou en briques non stabilisées. Les routes sont difficilement praticables, surtout pendant la saison des pluies, et les systèmes de drainage restent insuffisants.
« Ici, lorsqu’il pleut, l’eau entre directement dans les maisons », raconte une mère de famille vivant dans un quartier périphérique de l’ouest de la ville. « Nous passons parfois toute la nuit à essayer d’évacuer l’eau pour protéger nos enfants et nos biens. »
L’accès à l’eau et à l’électricité : un combat quotidien
L’un des principaux défis évoqués par les habitants concerne l’accès aux services de base. Dans plusieurs zones informelles, l’eau potable reste rare et coûteuse.
Certaines familles parcourent de longues distances pour s’approvisionner en eau, tandis que d’autres dépendent de vendeurs privés pratiquant des prix élevés.
« Nous achetons l’eau bidon par bidon », explique un habitant. « Quand les revenus diminuent, il devient difficile de couvrir les besoins de toute la famille. »
L’électricité constitue également un problème majeur. Beaucoup de ménages ne sont pas raccordés au réseau électrique et utilisent des lampes à pétrole, des batteries ou de petites installations solaires artisanales.
Le manque d’éclairage public accentue aussi le sentiment d’insécurité dans plusieurs quartiers.
Des conditions sanitaires préoccupantes
L’insuffisance des infrastructures d’assainissement expose les habitants à de nombreux risques sanitaires. Les caniveaux bouchés, les eaux stagnantes et l’absence de systèmes modernes de gestion des déchets favorisent la propagation de maladies.
« Les enfants tombent souvent malades », témoigne une habitante. « Quand il y a des cas de choléra ou de diarrhée, ce sont toujours les quartiers pauvres qui sont les plus touchés. »
Les centres de santé sont parfois éloignés ou financièrement inaccessibles pour certaines familles vivant dans des conditions économiques précaires.
Une jeunesse confrontée à un environnement difficile
Dans les quartiers précaires, les jeunes grandissent souvent dans des conditions compliquées. Le manque d’espaces récréatifs, les difficultés économiques et le chômage fragilisent davantage les familles.
Certains parents s’inquiètent des conséquences sociales de cette situation.
« Nos enfants manquent d’encadrement », explique un père de famille. « Il y a peu d’activités pour les jeunes et beaucoup abandonnent l’école faute de moyens. »
Les écoles existantes dans certains quartiers souffrent elles-mêmes du manque d’infrastructures adaptées et de classes surchargées.
Les attentes des habitants envers les autorités
Malgré les difficultés, les habitants interrogés gardent l’espoir de voir leurs conditions de vie s’améliorer. Beaucoup demandent des actions concrètes des autorités publiques :
- l’aménagement des routes ;
- l’accès régulier à l’eau potable ;
- l’électrification des quartiers ;
- la construction de systèmes de drainage ;
- la création de logements abordables.
Plusieurs habitants dénoncent également le manque de planification urbaine et l’absence de suivi dans certains quartiers en expansion.
« Nous avons l’impression d’être oubliés », affirme un jeune commerçant. « Pourtant nous participons aussi à l’économie de la ville. »
Le rôle attendu des acteurs privés et de la société civile
Face aux limites des pouvoirs publics, certains habitants espèrent davantage d’implication des entreprises privées, des ONG et des organisations communautaires.
Des initiatives locales existent déjà dans plusieurs quartiers :
- opérations communautaires de salubrité ;
- petits projets d’assainissement ;
- initiatives d’éclairage solaire ;
- programmes d’aide à l’auto-construction ;
- activités de sensibilisation environnementale.
Cependant, beaucoup estiment que ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur des besoins.
Entre précarité et résilience
Malgré les nombreuses difficultés, les habitants des quartiers informels de Goma développent quotidiennement des stratégies de survie et de solidarité. Les initiatives communautaires, l’entraide entre voisins et les petits commerces locaux permettent à de nombreuses familles de continuer à vivre et à espérer.
Cette résilience ne doit toutefois pas masquer l’urgence des défis urbains auxquels la ville est confrontée. L’amélioration des conditions de logement et l’accès équitable aux services de base représentent aujourd’hui des priorités essentielles pour construire une ville plus inclusive et durable.
Conclusion
L’habitat précaire à Goma révèle les profondes inégalités qui accompagnent l’expansion urbaine rapide de la ville. Derrière chaque maison construite dans l’urgence se trouve une famille confrontée à des défis quotidiens liés à la dignité, à la sécurité et à l’avenir.
Les témoignages recueillis montrent une réalité marquée par les difficultés, mais aussi par une forte volonté de changement. Pour les habitants, le droit à un logement décent ne représente pas seulement un besoin matériel : il constitue une condition essentielle pour vivre dignement et participer pleinement au développement de la ville.