Les opportunités d’investissement en 2025 – Qui en profite ?


À mi-parcours de 2025, Goma affiche des signaux encourageants en matière d’investissement. Alors que la ville continue de surmonter ses défis structurels, elle attire de plus en plus l’attention d’investisseurs locaux, de la diaspora congolaise, mais aussi d’acteurs internationaux. Ce regain d’intérêt est porté par des dynamiques sectorielles spécifiques, des réformes publiques ciblées, et une demande locale croissante. Mais derrière cette effervescence, une question cruciale émerge : qui profite réellement de ces opportunités d’investissement ?


1. Une dynamique d’investissement stimulée par le commerce, l’agroalimentaire et la tech

Le commerce transfrontalier reste l’un des principaux leviers d’attractivité pour les investisseurs. La fluidification des échanges avec le Rwanda, les efforts de modernisation du poste frontalier de la petite barrière et les corridors commerciaux mis en place avec le Sud-Kivu et l’Ouganda ont ouvert des perspectives concrètes, notamment dans la logistique, l’entreposage, et le commerce de gros. Des entreprises de négoce et de transport y voient une porte d’entrée stratégique vers les marchés régionaux.

Le secteur agroalimentaire se distingue également. La croissance de la demande locale en produits transformés (jus, farine, huiles, produits laitiers) crée une niche porteuse pour les investisseurs souhaitant miser sur la transformation locale des produits agricoles. Des incubateurs comme AgroStart Goma accompagnent actuellement une dizaine de micro-unités de transformation, certaines soutenues par des investisseurs issus de la diaspora congolaise.

Quant aux technologies, elles séduisent de plus en plus. Les fintechs et start-ups de services numériques, en particulier dans les domaines de la gestion des paiements mobiles, de l’agritech et de la e-éducation, bénéficient d’un engouement certain. Des concours d’innovation et des accélérateurs financés par des fonds internationaux ont permis de détecter des talents locaux et de canaliser des capitaux dans des projets à fort potentiel.


2. Un environnement encore sélectif : des opportunités inaccessibles aux plus petits acteurs

Mais toutes les couches du tissu économique ne profitent pas également de ces opportunités. Plusieurs entrepreneurs locaux dénoncent une concentration des investissements autour d’un cercle restreint, souvent composé d’entreprises déjà formalisées, bien connectées aux réseaux institutionnels, ou adossées à des partenaires étrangers.

Marie-Ange Kasereka, promotrice d’un atelier de couture dans le quartier Katindo, explique :
« Il y a des appels à projets et des fonds, mais on apprend toujours trop tard, ou alors on n’a pas les documents exigés. Ce sont souvent les mêmes entreprises qui sont sélectionnées. »

Les micro-entreprises du secteur informel, pourtant dynamiques, restent à l’écart de ces opportunités, faute de visibilité, de capacité à rédiger des business plans solides, ou de garanties financières.


3. La diaspora, acteur émergent mais encore timide

Un fait nouveau en 2025 est l’implication croissante de la diaspora congolaise, notamment issue de Belgique, du Canada et du Rwanda, dans des projets d’investissement à Goma. Plusieurs membres de la diaspora investissent dans des biens immobiliers, des hôtels de petite taille, des cliniques privées, ou des start-ups technologiques.

Des plateformes de facilitation comme Diaspora Invest RDC ont été mises en place pour orienter ces investissements vers des secteurs prioritaires, en sécurisant les transactions foncières et en proposant des garanties juridiques.

Cependant, ces initiatives restent encore limitées à quelques profils hautement qualifiés et bien informés. Le besoin d’un cadre plus incitatif, avec des incitations fiscales ou des partenariats public-privé mieux structurés, se fait sentir pour élargir l’impact de cette diaspora économique.


4. L’enjeu de l’investissement durable et inclusif

Les experts économiques locaux insistent sur un point essentiel : l’attractivité d’une ville ne suffit pas si elle ne se traduit pas par un développement inclusif. Actuellement, peu d’investissements sont dirigés vers des secteurs sociaux tels que l’éducation professionnelle, la santé communautaire ou l’environnement.

Le professeur Théophile Bisimwa, économiste à l’Université de Goma, met en garde :
« Il faut orienter l’investissement vers la création d’emplois durables, surtout pour les jeunes. Il ne suffit pas d’attirer les capitaux ; il faut qu’ils soient utiles à la population locale. »

Certains projets tentent de répondre à ce besoin. C’est le cas d’un fonds à impact récemment lancé, qui finance exclusivement des initiatives sociales portées par des jeunes entrepreneurs locaux, à condition de démontrer un effet concret sur l’emploi et les conditions de vie.


5. Perspectives : comment élargir les bénéfices de l’investissement ?

Pour que les opportunités d’investissement en 2025 bénéficient à un plus large public, plusieurs leviers doivent être activés :

  • Améliorer l’accès à l’information économique, via des plateformes locales, des radios communautaires ou des espaces de dialogue entre investisseurs et acteurs de terrain.
  • Renforcer les capacités des petites entreprises à monter des dossiers bancables, à s’enregistrer légalement, et à accéder à l'accompagnement technique.
  • Encourager les partenariats entre grandes entreprises et PME locales, via des chaînes d’approvisionnement locales, des sous-traitances et des marchés publics ouverts.
  • Garantir un cadre réglementaire clair et stable, qui rassure les investisseurs tout en protégeant les intérêts locaux.

Conclusion

Goma est aujourd’hui une ville d’opportunités économiques réelles, mais aussi de fractures. Les investissements croissants dans certains secteurs sont porteurs d’espoir, à condition qu’ils ne profitent pas à une élite restreinte. L’enjeu des mois à venir sera de transformer cette dynamique en un cercle vertueux de croissance partagée, de redistribution des opportunités, et de justice économique.