Évaluation des politiques publiques – Réactions des acteurs économiques locaux


À mi-parcours de l’année 2025, Goma se trouve à la croisée des chemins économiques. Les réformes engagées depuis début 2024 suscitent des réactions contrastées au sein de la communauté économique locale. Pour comprendre l’impact réel des politiques publiques, nous avons rencontré des entrepreneurs, des responsables d’associations professionnelles, des autorités locales et des acteurs de la société civile. Si certaines initiatives sont saluées, d'autres sont jugées incomplètes ou mal adaptées. Cette enquête révèle des perceptions nuancées et des propositions concrètes pour une amélioration durable.


1. Des signaux positifs, mais des effets inégaux

Pour Jean-Marie Kambale, directeur d’une PME dans la logistique transfrontalière, certaines avancées sont notables :
« Les allègements douaniers sur certains produits et la numérisation de certaines procédures nous ont vraiment facilité la tâche. Cela réduit les délais et les coûts. »

Ce point est appuyé par la Chambre de commerce locale qui affirme avoir constaté une augmentation des exportations légales au premier semestre 2025, notamment grâce à l’accord de coopération économique renforcé entre Goma et Rubavu (Rwanda).

Le Programme provincial d’appui aux PME, lancé en janvier, est aussi mentionné positivement. Grâce à lui, près de 400 jeunes entrepreneurs ont suivi des formations gratuites en gestion et accès au financement.

Cependant, ces effets restent concentrés en zone urbaine. Dans les quartiers périphériques et les territoires ruraux environnants, les acteurs dénoncent une politique jugée centralisée. Béatrice Nyirabukara, productrice agricole à Sake, témoigne :
« On nous a promis des intrants agricoles subventionnés, mais seuls les grands groupements en ville en ont bénéficié. À notre niveau, rien ne change. »


2. Crise de confiance persistante entre autorités et entrepreneurs

Malgré les efforts visibles, une défiance forte persiste entre le secteur privé et les autorités. Plusieurs entrepreneurs dénoncent le manque de concertation et la faible prise en compte des réalités du terrain.

David Safari, membre d’une coopérative artisanale, regrette :
« On nous parle de formalisation, mais les taxes sont élevées et les contrôles abusifs continuent. Il n’y a pas d’environnement sécurisant pour se formaliser. »

Les responsables d’associations professionnelles soulignent un manque de communication des institutions publiques sur les réformes engagées. Beaucoup d’entrepreneurs ignorent l’existence même de certains programmes d’accompagnement.

Marie-Claire Mulume, présidente d’une association de femmes entrepreneures, résume cette frustration :
« Les décisions sont prises en haut, sans nous consulter. Pourtant, nous sommes les premières concernées. Cela crée un sentiment d’exclusion. »


3. Les attentes des autorités locales : une volonté, mais des moyens limités

Du côté des autorités locales, le discours est à la fois volontaire et réaliste. Le ministre provincial en charge de l’économie, interrogé dans le cadre de cette enquête, admet les lenteurs :
« Nous avons posé les bases : simplification des procédures, création de guichets pour les entrepreneurs, début de numérisation des services publics. Mais nous manquons de moyens financiers et humains pour généraliser ces réformes. »

Il pointe aussi la faiblesse de la coordination avec les administrations nationales et les partenaires techniques, ce qui ralentit la mise en œuvre des projets structurants.


4. Recommandations et pistes de progrès : que demandent les acteurs de terrain ?

Face aux constats mitigés, plusieurs pistes de progrès émergent des entretiens réalisés :

  • Renforcer la concertation : la majorité des acteurs interrogés demandent la mise en place de cadres de dialogue permanents entre l’État, les entreprises et la société civile pour co-construire les politiques économiques.
  • Simplifier et sécuriser l’environnement fiscal : la réforme de la fiscalité locale est jugée urgente. De nombreux entrepreneurs réclament des taux réduits, une meilleure lisibilité des taxes, et la fin des tracasseries administratives.
  • Soutenir l’investissement en zones rurales : les autorités sont appelées à élargir les programmes de soutien au-delà de Goma-centre, en facilitant l’accès aux intrants, à la formation et au crédit dans les zones agricoles et minières périphériques.
  • Promouvoir la transparence : la digitalisation des procédures et la lutte contre la corruption sont perçues comme des leviers essentiels pour restaurer la confiance.
  • Valoriser les initiatives locales : plusieurs acteurs estiment que les petits projets communautaires, souvent portés par des jeunes ou des femmes, méritent une meilleure visibilité et des appuis plus ciblés.

Conclusion : Une réforme encore inachevée

L’évaluation à mi-parcours des politiques économiques à Goma révèle un double visage : des avancées appréciées mais fragmentées, et une frustration grandissante chez ceux qui se sentent oubliés. Le potentiel de transformation est réel, mais il repose sur la capacité des pouvoirs publics à écouter, à ajuster et à agir de manière plus inclusive.

À six mois de la fin de l’année, les attentes sont élevées : les acteurs économiques veulent des actes concrets, un dialogue plus ouvert, et une gouvernance plus transparente. C’est à cette condition que les réformes en cours pourront s’ancrer durablement dans le tissu économique local.