Les entrepreneurs qui font bouger Goma
Dans une ville où les défis économiques sont aussi quotidiens que les embouteillages sur la route Sake-Goma, certains entrepreneurs refusent de céder au découragement. Leur moteur ? L’ingéniosité, la persévérance et la foi en un avenir meilleur pour Goma. Qu’ils soient dans l’agroalimentaire, la tech ou l’artisanat, ces femmes et hommes incarnent une nouvelle génération d’acteurs économiques audacieux, capables de transformer les difficultés en opportunités. Voici les portraits de cinq d’entre eux.
1. Espérance Mahoro – Une boulangère devenue cheffe d’entreprise
À 34 ans, Espérance est bien plus qu’une simple boulangère. En cinq ans, elle a transformé sa petite échoppe du quartier Mabanga Nord en une entreprise artisanale qui emploie aujourd’hui 18 personnes, en majorité des femmes.
« J’ai commencé avec un sac de farine et un vieux four à charbon. Aujourd’hui, je livre dans plusieurs écoles et petits hôtels de Goma », raconte-t-elle fièrement.
Grâce à un appui reçu d’un programme de microfinance pour femmes entrepreneures, elle a pu formaliser son activité et développer une nouvelle gamme de pains enrichis à base de manioc local. Elle projette maintenant de lancer une pâtisserie mobile, pour atteindre les marchés périphériques.
2. Arnold Kanyere – La tech au service de l’agriculture
Ingénieur formé à Bukavu, Arnold, 29 ans, est le fondateur de KivuFarmTech, une start-up qui développe des outils numériques pour les petits agriculteurs. Son application mobile, qui fonctionne sans connexion internet, permet aux agriculteurs de planifier leurs semis, de recevoir des alertes météo locales, et de suivre les prix du marché.
« Les agriculteurs de la région avaient besoin d’informations fiables, mais n’avaient pas accès aux technologies. Nous avons adapté notre outil à leurs réalités », explique-t-il.
Soutenu par un incubateur local, il vient de lever un financement auprès d’un investisseur basé à Nairobi, avec l’ambition d’étendre son service dans toute la province du Nord-Kivu.
3. Nadège Kalinda – L’artisanat qui rayonne au-delà de Goma
Dans son petit atelier situé à Himbi, Nadège conçoit des sacs, bijoux et accessoires à base de matériaux recyclés. Son label “Kalinda Créations” est aujourd’hui reconnu au-delà des frontières, grâce à une forte présence sur les réseaux sociaux et un partenariat avec des boutiques éthiques en Europe.
« Au début, je vendais sur des marchés locaux. Mais j’ai appris à prendre des photos, à utiliser Instagram et à comprendre ce que veulent les clients à l’international », dit-elle.
Son entreprise emploie 12 jeunes artisans qu’elle forme elle-même, dont plusieurs en situation de handicap. Pour elle, l’artisanat est aussi un levier d’inclusion sociale.
4. Patrick Mufunga – L’innovation dans le transport urbain
Conscient du chaos que représente la mobilité à Goma, Patrick a lancé “MotoLink”, un service numérique de mise en relation entre conducteurs de moto-taxis et clients, basé sur un système d’abonnement SMS.
« Tout le monde n’a pas de smartphone ici, donc on a créé un système qui fonctionne avec des téléphones simples », précise-t-il.
En plus de fluidifier les déplacements, MotoLink permet aux conducteurs d’avoir un revenu plus stable et de suivre leur chiffre d’affaires via une interface mobile. L’entreprise a récemment remporté un prix d’innovation sociale dans la région des Grands Lacs.
5. Grâce Uwimana – La transformation locale au cœur de sa vision
Grâce, 41 ans, est l'une des rares femmes à la tête d’une unité semi-industrielle de transformation de fruits à Goma. Sa société TropiKivu produit des jus naturels à base de mangue, d’ananas et de maracuja, issus des producteurs de Beni, Rutshuru et Walikale.
« Je voulais créer une chaîne de valeur locale, du champ à la bouteille », dit-elle.
Son usine emploie 25 personnes et alimente désormais les épiceries de Goma, mais aussi quelques points de vente à Bukavu.
En 2025, elle a bénéficié d’un accompagnement technique du Programme d’Appui à la Transformation Agroalimentaire (PATA) et envisage de conquérir le marché régional grâce à une certification qualité en cours.
Conclusion : Une génération d’espoir au cœur des incertitudes
Ces entrepreneurs ne sont pas des exceptions : ils incarnent une vague montante de Gomaise et Gomaois qui misent sur l’action locale, la résilience et l’innovation. Si leurs réussites inspirent, elles montrent aussi ce que pourrait être Goma demain : une ville qui se relève par ses propres forces, malgré les contraintes sécuritaires, logistiques et institutionnelles.
À condition d’un soutien renforcé – en formation, en financement, et en visibilité – cette nouvelle génération peut devenir le fer de lance d’une économie plus équitable, durable et inclusive.