Les commerçants de Goma : Témoignages et perspectives


Les marchés de Goma sont peuplés de milliers de commerçants qui, chaque jour, animent l’économie de proximité malgré de nombreuses contraintes. Dans le cadre de cette enquête, nous avons recueilli les témoignages de dizaines de vendeurs issus des marchés de Virunga, Kituku, Birere, Katindo et Majengo. Leur parole révèle des réalités souvent invisibles, mais essentielles à comprendre pour toute démarche de structuration.

Des conditions de travail difficiles mais une volonté de réussir
La majorité des commerçants évoquent en premier lieu le manque d’infrastructures : absence de toitures, insuffisance d’espaces de stockage, routes en mauvais état, insalubrité. "Quand il pleut, tout est mouillé. On perd des marchandises. Il n’y a même pas d’endroit sûr pour garder nos stocks", confie Mme Amina, vendeuse de vivres au marché de Kituku.

Un besoin criant de financement adapté
Un autre défi majeur reste l’accès au financement. Nombre de commerçants travaillent avec un fonds de roulement très limité, souvent basé sur des prêts informels ou l’épargne familiale. "Les banques nous demandent des garanties que nous n’avons pas. On a besoin de petits crédits sans complications", explique Jean-Paul, vendeur de vêtements d’occasion à Birere.

Une forte attente en formation et encadrement
Au-delà de l’argent, les vendeurs expriment aussi leur besoin d’accompagnement. "On ne connaît pas bien la gestion. Si on avait une formation simple, on pourrait mieux organiser nos ventes, faire des économies", note Béatrice, qui vend des cosmétiques au marché de Virunga.

Des aspirations claires pour des marchés modernes
Malgré les difficultés, les commerçants gardent l’espoir de voir leurs marchés transformés. Ils demandent :

  • Des espaces propres, sécurisés et bien organisés
  • Des services publics accessibles (eau, électricité, toilettes)
  • Des programmes de soutien spécifiques aux petits commerçants
  • Une meilleure reconnaissance de leur rôle économique

Les témoignages convergent vers un même message : les commerçants de Goma ne demandent pas l’assistanat, mais les moyens de travailler dignement et efficacement. Une structuration concertée des marchés, intégrant leurs besoins et suggestions, est perçue comme une priorité pour améliorer durablement leurs conditions de vie et de travail.


Focus : Les marchés locaux comme catalyseurs de la culture entrepreneuriale

Longtemps perçus uniquement comme des lieux d’échange commercial, les marchés locaux révèlent aujourd’hui un potentiel entrepreneurial insoupçonné. À Goma, comme dans d’autres villes de la région, ces espaces sont devenus des foyers d’initiatives économiques portées par des individus audacieux, créatifs et adaptables.

Un terrain fertile pour les jeunes entreprises
Les marchés sont souvent le premier point de contact entre un entrepreneur et sa clientèle. C’est là que l’on teste un nouveau produit alimentaire, un service de livraison à moto, une gamme de vêtements locaux, ou même une solution d’emballage écologique. L’environnement direct permet une réaction immédiate du marché, un apprentissage rapide et une adaptation continue.

Une école d’innovation frugale
Loin des incubateurs officiels, les marchés favorisent ce que certains appellent l’innovation frugale : des solutions simples, peu coûteuses, mais efficaces. Face à l’instabilité de l’approvisionnement ou aux contraintes de stockage, les commerçants inventent des modèles souples, des systèmes de livraison partagée, ou des partenariats inattendus entre vendeurs.

Une dynamique d’apprentissage collectif
Les marchés jouent aussi un rôle de formation informelle : les anciens guident les nouveaux, les erreurs se corrigent vite, et les bons modèles se diffusent rapidement. On y apprend la négociation, la gestion des stocks, le marketing de rue, la résilience face aux imprévus – autant de compétences clés pour tout entrepreneur.

Vers une reconnaissance du marché comme incubateur populaire
Pour que les marchés remplissent pleinement ce rôle de catalyseur entrepreneurial, il est crucial de :

  • Encourager les programmes de formation et d’alphabétisation économique sur les marchés
  • Faciliter l’accès aux services de formalisation simplifiée
  • Promouvoir des partenariats entre start-ups numériques et commerçants traditionnels
  • Valoriser les histoires de réussite locale nées dans les marchés

En reconnaissant les marchés comme des creusets d’entrepreneuriat, les politiques publiques et les acteurs du développement local peuvent accélérer la dynamique d’innovation et de création de richesse dans la ville. Le commerce de proximité, loin d’être marginal, est une école de l’entreprise et un laboratoire d’avenir.