Réussites à partir des marchés locaux
1. Solange Bahati – De vendeuse de légumes à cheffe d’entreprise agricole
Il y a dix ans, Solange vendait des tomates et des oignons à même le sol au marché de Kituku. Aujourd’hui, elle dirige une petite entreprise de production et de distribution de légumes biologiques dans les quartiers périphériques de Goma. C’est au contact direct des clients du marché qu’elle a perçu une demande croissante pour des produits frais, sains et cultivés sans produits chimiques.
En louant quelques hectares dans le territoire de Nyiragongo, elle développe un petit potager, recrute des jeunes locaux, et commence à produire elle-même. Grâce à un partenariat avec un groupe WhatsApp de ménagères et de restaurants, elle organise des livraisons régulières. Son entreprise emploie aujourd’hui 8 personnes.
"Le marché m’a tout appris. Si on écoute les clients, ils vous montrent ce qu’il faut faire", confie-t-elle avec fierté.
2. Didier Ngoyi – L’ingéniosité au cœur du commerce de téléphonie
Didier, 31 ans, est un ancien vendeur de cartes prépayées et de recharges téléphoniques au marché de Virunga. Face à la saturation du secteur, il décide d’élargir son offre avec des accessoires pour téléphones, puis des services de configuration et de réparation.
Il suit des tutoriels en ligne, se forme auprès d’un technicien et installe un petit comptoir sous une bâche. Son sérieux et ses prix accessibles lui assurent un flux régulier de clients. Trois ans plus tard, il loue une boutique fixe et embauche deux jeunes qu’il forme à son tour.
Aujourd’hui, Didier rêve d’ouvrir un "mini-lab mobile" pour dépanner les téléphones dans les quartiers sans accès facile à un centre-ville. Pour lui, "l’innovation commence par la rue, par les besoins qu’on voit tous les jours."
3. Mama Chantal – L’empire de la bouillie locale
Dans le marché de Majengo, elle est une figure respectée. Chantal, surnommée "Mama Bouillie", a commencé par vendre de la bouillie chaude tôt le matin aux vendeurs et passants. Au fil du temps, elle a diversifié ses recettes, incorporant du soja, du sorgho, du riz local et du miel, selon les suggestions de sa clientèle.
Face à la demande, elle embauche deux aides et commence à produire sa bouillie en sachets pour la vente à emporter. Aujourd’hui, elle écoule ses produits dans trois marchés et a commencé une collaboration avec une ONG locale pour fournir des cantines scolaires.
"Ce sont les clients qui m’ont formée. Chaque remarque, chaque critique, m’a permis d’améliorer." Mama Chantal est l’exemple parfait d’une entrepreneure informelle qui a bâti son modèle d’affaire sur l’observation, la qualité, et la constance.
4. Junior Kambale – Styliste de rue devenu marque urbaine
Junior vendait des jeans de seconde main au marché Birere. Passionné de mode, il commence à modifier lui-même certains vêtements, à coudre des logos, faire des coupes plus modernes. Ses créations attirent l’attention, notamment des jeunes clients en quête de style unique.
Avec le soutien d’un ami tailleur, il monte sa propre marque : "JK Street Style", vendue à travers les réseaux sociaux et dans les stands du marché. Il propose désormais des vestes customisées, des sacs faits à partir de tissus recyclés, et même des casquettes brodées localement.
Junior illustre comment le marché peut devenir une plateforme de test, de visibilité, et de lancement pour des idées créatives, même dans des secteurs hautement concurrentiels comme la mode.
Conclusion : Une autre vision de l’entrepreneuriat
Ces portraits prouvent qu’à Goma, l’entrepreneuriat n’est pas toujours né d’un bureau, d’un business plan ou d’un incubateur, mais bien souvent d’un étal en bois, d’une conversation client, d’une idée simple mais puissante. Les marchés locaux sont des écoles de résilience, d’adaptation et d’innovation. Ce sont aussi des incubateurs à ciel ouvert qui méritent plus d’attention, de soutien et de structuration pour révéler tout leur potentiel.