Les dérivées alimentaires : entre potentiel et contraintes


Les dérivées alimentaires produits issus de la transformation des matières premières agricoles (farines, huiles, boissons, confitures, biscuits, etc.) représentent un secteur stratégique pour la sécurité alimentaire et l’économie locale.

En RDC, et particulièrement à Goma, ce secteur connaît un intérêt croissant, porté par :

  • L’urbanisation rapide.
  • L’augmentation de la demande en produits transformés et prêts à consommer.
  • La volonté des acteurs locaux de réduire la dépendance aux importations.


Cas particulier de Goma

Goma se trouve dans une position géographique avantageuse : proche de zones agricoles fertiles (Masisi, Rutshuru, Lubero) et d’un marché urbain en expansion.
Les dérivées alimentaires locales incluent :

  • Farine de maïs enrichie provenant du Sud-Lubero et du Masisi.
  • Huile de palme et margarine artisanale arrivant du Nord-Kivu et de l’Ituri.
  • Biscuits et pâtes locales produits par de petites unités artisanales.
  • Produits laitiers transformés (yaourts, fromages frais) issus des élevages bovins de Sake et Minova.


Atouts :

  • Main-d’œuvre disponible et relativement bon marché.
  • Proximité des matières premières agricoles.
  • Présence de petites unités de transformation déjà actives.


Contraintes :

  • Coût élevé de l’énergie (électricité instable, recours au carburant).
  • Difficultés d’accès au crédit pour moderniser les équipements.
  • Concurrence des produits importés moins chers (souvent subventionnés à l’origine).
  • Faibles normes de qualité et absence d’un système strict de certification.


Situation en RDC Kinshasa et autres grandes villes

À l’échelle nationale, le marché des dérivées alimentaires reste dominé par les importations (farines raffinées, huiles végétales, boissons gazeuses, biscuits, pâtes), malgré un fort potentiel agricole local.
Les industries de Kinshasa bénéficient d’un marché plus vaste, mais souffrent aussi :

  • Du coût élevé du transport des matières premières depuis les zones rurales.
  • De la dépendance aux intrants importés (machines, additifs).
  • D’un déficit de formation technique dans la transformation agroalimentaire.


Tendances et perspectives

  1. Montée de la demande pour les produits locaux : stimulée par la conscience citoyenne et les politiques de promotion du “consommons congolais”.
  2. Mini-unités de transformation décentralisées : capables de s’installer au plus près des zones de production pour réduire les coûts logistiques.
  3. Opportunités d’exportation régionale : Goma peut fournir le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda avec certains produits transformés (farines, biscuits, huiles).
  4. Innovation et valeur ajoutée : packaging moderne, produits enrichis en vitamines, et diversification des gammes pour rivaliser avec les importations.


Un secteur clé qui attend son décollage

À Goma, le matin, les marchés regorgent de sacs de farine de maïs, de manioc et de sorgho. Pourtant, nombre de ces produits sont bruts, peu transformés, vendus en vrac, exposés à la poussière. Pendant ce temps, les supermarchés débordent de produits importés parfaitement emballés, souvent deux à trois fois plus chers que leur équivalent local, mais jugés plus “fiables” par les consommateurs urbains.
Le paradoxe saute aux yeux : nous avons la matière, mais pas encore l’industrie.

Les dérivées alimentaires sont le trait d’union entre l’agriculture et la table du consommateur. Sans transformation locale à grande échelle, la RDC reste prisonnière d’un cycle où elle exporte la richesse brute et importe la valeur ajoutée.

Pour rompre ce cercle, il faudra un plan national de développement agro-industriel qui combine : formation technique, financement accessible, énergie fiable, et normes de qualité strictes.