Conditions de vie des travailleurs informels à Goma – réalité et perspectives
À Goma, l’économie informelle est omniprésente et multiforme. Pour mieux cerner la réalité quotidienne de ceux qui la font vivre, nous avons mené une enquête de terrain auprès de plus de 50 travailleurs informels, répartis dans plusieurs secteurs clés : commerce ambulant, artisanat, services domestiques, restauration de rue, transport urbain et petit négoce.
Des journées longues pour des revenus incertains
La majorité des personnes interrogées travaillent entre 10 et 12 heures par jour, souvent sans jour de repos fixe. Dans les marchés comme Virunga, Kituku ou Majengo, les vendeuses de légumes et d’articles divers débutent leur journée dès 5h du matin pour aller s’approvisionner, et ne rentrent que tard dans la soirée. Leur revenu journalier est très fluctuant, entre 2 et 8 USD, selon la saison, l’emplacement et l’affluence.
Les motards (taxi-motos), très présents dans les quartiers périphériques, déclarent en moyenne gagner 6 à 10 USD par jour, mais doivent en reverser une partie au propriétaire de la moto et couvrir leurs frais de carburant et de réparation. Quant aux coiffeuses à domicile ou aux couturières, elles sont souvent payées à la tâche, avec des revenus irréguliers et peu prévisibles.
Sans filet social, ni visibilité
Plus de 80 % des personnes interrogées n’ont aucune forme d’assurance maladie, de retraite ou de congé. En cas de maladie ou d’accident, elles doivent interrompre leur activité, avec des conséquences directes sur leur revenu et celui de leur foyer. Certaines mères de famille déclarent ne pas envoyer régulièrement leurs enfants à l’école, faute de moyens stables.
Les conditions de travail sont souvent rudimentaires : travail à même le sol, sans abri, sans accès à l’eau potable, avec une forte exposition aux aléas climatiques et à l’insécurité. Beaucoup expriment un sentiment d’abandon des autorités, et disent ne recevoir aucune aide, ni information sur des programmes publics ou des initiatives privées.
Des attentes claires, des solutions concrètes
Interrogés sur leurs priorités, les travailleurs informels évoquent en premier lieu :
- Le besoin de sécurité et de stabilité : avoir un espace fixe de travail, sans risque d’expulsion ou de confiscation de marchandises.
- L’accès à des microcrédits ou financements souples, pour développer leur activité.
- Des formations adaptées, notamment en gestion, en technique ou en marketing de rue.
- La reconnaissance légale de leur statut, pour bénéficier de certains droits sociaux.
Certains affirment être prêts à se formaliser, mais à condition que cela n’engendre pas de nouvelles charges excessives ni une fiscalité trop lourde. “Nous ne refusons pas d’être reconnus”, explique une vendeuse du marché de Birere, “mais il faut que ce soit utile pour nous, pas seulement pour payer des taxes.”
Des pistes d’amélioration pour les politiques sociales
L’enquête révèle également un manque criant de passerelles entre l’économie informelle et les dispositifs publics. De nombreux programmes d’appui à l’entrepreneuriat, au crédit ou à la formation sont mal connus ou inaccessibles aux informels. Une politique efficace devrait :
- Rapprocher les services publics du terrain, avec des guichets mobiles ou des antennes locales.
- Créer des programmes pilotes de couverture sociale adaptée à la réalité des revenus fluctuants.
- Soutenir les associations ou coopératives informelles, qui jouent déjà un rôle d’organisation et de solidarité.
Conclusion : une économie de la débrouille qui mérite mieux
Les travailleurs informels ne demandent pas l’assistanat, mais la reconnaissance, le respect et les moyens de progresser. Leur énergie, leur créativité et leur résilience sont des atouts précieux pour l’économie de Goma. Les politiques publiques doivent désormais passer de la tolérance passive à une véritable stratégie d’intégration et de valorisation, en s’appuyant sur ce que les travailleurs eux-mêmes expriment comme besoins et attentes.