Les travailleurs informels à Goma : au cœur de l’économie locale
1. Les travailleurs informels à Goma : chiffres et réalité du terrain
À Goma, comme dans de nombreuses villes africaines, l’économie informelle est omniprésente. Selon les estimations locales, plus de 70 % des actifs exercent une activité non enregistrée ou non régulée par les autorités fiscales. Ces activités couvrent un éventail large de secteurs : le commerce de rue, les services domestiques, la restauration de fortune, l’artisanat, le transport à moto (taxi-motos), la coiffure, ou encore la vente ambulante de biens de première nécessité.
Le dynamisme de ces secteurs repose sur une logique de survie économique dans un contexte de chômage élevé et de faible accès aux emplois formels. Pourtant, derrière cette vitalité se cachent des conditions de travail précaires : horaires étendus, absence de protection sociale, instabilité des revenus et forte vulnérabilité aux chocs économiques ou sécuritaires.
Les revenus varient considérablement selon les activités. Un vendeur ambulant peut gagner entre 2 et 5 USD par jour, tandis qu’un motard ou une coiffeuse peut espérer entre 5 et 10 USD, selon la saison, l’emplacement et la clientèle. Ces montants permettent rarement de sortir du cycle de pauvreté, surtout dans une ville où le coût de la vie est en hausse constante.
Loin d’être une économie parallèle inutile, ces milliers d’acteurs informels jouent un rôle crucial dans le tissu économique local. Ils assurent la circulation des biens, répondent à une demande massive de services, et participent indirectement à l’emploi et à la stabilité sociale. Il devient donc urgent de mieux comprendre leur réalité pour mieux les accompagner.
2. Valorisation des travailleurs informels : de la reconnaissance à l’intégration
La reconnaissance des travailleurs informels passe d’abord par une prise de conscience institutionnelle : ils ne sont pas des “hors-la-loi”, mais des acteurs économiques de plein droit. Pour répondre à leurs besoins, plusieurs pistes sont aujourd’hui proposées :
- Réformes législatives souples, permettant une formalisation graduelle, avec des démarches simplifiées, peu coûteuses, et adaptées aux réalités locales.
- Création d’un statut légal spécifique, incluant une couverture sociale minimale, des droits syndicaux, et un accès facilité aux crédits et infrastructures.
- Offre de services de base : la santé, l’éducation pour leurs enfants, la sécurité, et surtout des formations professionnelles adaptées à leurs métiers pour améliorer leur productivité et leurs revenus.
Certaines initiatives locales montrent la voie : des coopératives de couturières ont vu le jour dans des quartiers comme Katindo ou Mapendo, des associations de vendeuses de vivres s’organisent pour mutualiser leurs achats ou sécuriser leur commerce, et certains programmes de microcrédit tentent de cibler ces entrepreneurs de l’ombre.
Mais ces actions restent isolées et souvent fragiles. Une politique publique ambitieuse et inclusive pourrait permettre de transformer cette économie de survie en une économie de développement, en valorisant la dignité du travail informel plutôt que de le marginaliser.
3. Le rôle des syndicats dans la défense des droits des travailleurs informels
Organiser les travailleurs informels représente un défi de taille. Éparpillés, souvent mobiles, peu instruits sur leurs droits, ils sont rarement syndiqués. Pourtant, plusieurs syndicats à Goma commencent à s’ouvrir à cette réalité, conscients du poids croissant de l’informalité dans le marché du travail.
Certains syndicats sectoriels, notamment dans les transports urbains, les marchés, ou les coopératives artisanales, tentent de structurer des sections informelles. Ils négocient l'accès à des espaces de travail, des tarifs raisonnables de location ou des droits de représentation face aux autorités locales.
Mais ils font face à plusieurs obstacles :
- Méfiance des travailleurs, qui associent souvent les syndicats à la politique ou à la corruption.
- Absence de cadre légal clair, rendant difficile la reconnaissance de leurs revendications.
- Manque de ressources humaines et financières pour couvrir un public aussi large et informel.
Malgré tout, le rôle des syndicats reste fondamental : ils peuvent offrir un espace de plaidoyer, de solidarité, et d’accompagnement vers la formalisation. Ils doivent donc réinventer leurs pratiques, être plus inclusifs, plus proches du terrain, et défendre une nouvelle vision du travail, qui inclut toutes ses formes, y compris les moins visibles.