Les entreprises locales et leurs besoins en compétences : Qu'attendent-elles des formateurs ?


À Goma, alors que le tissu entrepreneurial se développe lentement mais sûrement, une question cruciale revient dans les discours des employeurs : où trouver des jeunes compétents, prêts à relever les défis du terrain ? Cette enquête menée auprès d’une trentaine d’entreprises locales – allant des PME artisanales aux établissements hôteliers, en passant par les prestataires de services numériques – dresse un constat sans détour : le décalage entre les compétences des jeunes diplômés et les attentes du marché est encore trop grand.

Des compétences techniques souvent jugées insuffisantes

Dans les secteurs comme la mécanique, la menuiserie, l’informatique, ou encore l’agrotransformation, les chefs d’entreprise regrettent que les jeunes sortant des centres de formation manquent de maîtrise pratique et de rigueur professionnelle.

« Nous recevons des jeunes qui ont un diplôme, mais qui ne savent pas diagnostiquer une panne ou utiliser certains outils courants. Cela nous pousse à refaire toute leur formation en interne. »
— Un chef d’atelier mécanique à Katindo

Ce déficit technique s’explique en grande partie par l’absence d’équipements modernes dans certaines écoles techniques, mais aussi par un manque de stages pratiques obligatoires dans les parcours éducatifs.


Le savoir-être : une compétence sous-estimée, mais essentielle

Au-delà des compétences techniques, de nombreux employeurs évoquent des lacunes dans le comportement professionnel : ponctualité, discipline, esprit d’initiative, communication.

« Nous cherchons des jeunes qui savent travailler en équipe, respecter les délais, et surtout apprendre. Or, beaucoup ne sont pas préparés à la réalité d’une entreprise. »
— Responsable RH d’un hôtel local

Ces constats soulignent l’urgence d’intégrer dans les cursus des modules sur les soft skills, la gestion du temps, la communication professionnelle, et la culture d’entreprise.


Des secteurs porteurs en manque de main-d’œuvre qualifiée

Les entreprises interrogées ont identifié plusieurs secteurs à fort potentiel où la main-d’œuvre qualifiée fait défaut :

  • Le numérique : développement web, cybersécurité, gestion de données.
  • L’énergie et l’électricité : installation solaire, maintenance électrique.
  • L’agriculture moderne : irrigation, transformation, gestion de coopératives.
  • L’hôtellerie et tourisme : réception, gestion de l’accueil, restauration professionnelle.

Faute de profils adaptés, certaines entreprises préfèrent limiter leurs activités, ou faire appel à des prestataires extérieurs.


Ce que les employeurs attendent des formateurs

Les entreprises ne se contentent plus de constater les manques ; elles appellent à un changement de paradigme dans la formation professionnelle :

  • Mieux aligner les contenus des formations avec les réalités du terrain.
  • Impliquer les entreprises dans la conception des programmes.
  • Favoriser les stages obligatoires, les projets de terrain et l’alternance.
  • Créer des comités mixtes école-entreprise pour un dialogue continu.

« Nous sommes prêts à accueillir des stagiaires, mais il faut qu’il y ait un suivi pédagogique derrière, et que les écoles comprennent nos besoins spécifiques. »
— Directeur d’une entreprise de transformation agroalimentaire à Majengo


Recommandations issues de l’enquête

À l’issue de cette enquête, plusieurs propositions émergent pour renforcer l’adéquation entre formation et emploi à Goma :

  1. Créer des diagnostics réguliers de besoins en compétences dans les secteurs clés.
  2. Encourager les partenariats publics-privés pour co-développer les programmes.
  3. Mettre en place un système d’évaluation continue de la qualité des formations.
  4. Financer l’équipement des écoles techniques avec l’appui d’organisations internationales.

Conclusion

Si Goma veut bâtir une économie locale solide et inclusive, il est impératif de faire converger les attentes du monde de l’entreprise et les pratiques du monde éducatif. L’avenir de la jeunesse passe par une formation de qualité, connectée aux réalités du terrain. Le dialogue entre formateurs et employeurs n’est plus un luxe : c’est une nécessité stratégique.