Réformes nécessaires pour l’inclusion des travailleurs informels
L’économie informelle n’est pas une anomalie à corriger, mais une réalité à comprendre et à intégrer. À Goma, comme dans de nombreuses villes africaines, elle constitue la principale source d’emplois et un filet de survie pour des milliers de familles. Pourtant, les travailleurs informels restent en marge du système, sans reconnaissance juridique, sans accès aux protections sociales, et souvent victimes de politiques répressives.
Il est temps de passer d’une posture de tolérance passive à une politique d’inclusion active.
Formaliser sans punir : alléger et adapter le cadre fiscal
La formalisation ne doit pas être synonyme de sanctions ou de lourdes charges. Beaucoup d’acteurs informels sont prêts à intégrer l’économie formelle, à condition que les démarches soient simples, peu coûteuses et utiles. Il est donc nécessaire de :
- Mettre en place un régime fiscal allégé, avec des forfaits symboliques pour les petits revenus.
- Simplifier les procédures d’enregistrement et créer un guichet unique mobile ou numérique, pour rapprocher l’administration des populations.
- Adapter les textes aux réalités locales, au lieu d’imposer des normes pensées pour les grandes entreprises.
Étendre la protection sociale au-delà du secteur formel
L’un des principaux défis du secteur informel est l’absence totale de protection sociale. Maladie, maternité, vieillesse : autant de risques que les travailleurs informels affrontent seuls, sans sécurité ni recours.
Des solutions existent, à condition de faire preuve d’innovation sociale :
- Créer des régimes contributifs flexibles, adaptés aux revenus irréguliers (paiements journaliers ou hebdomadaires).
- Encourager la mutualisation à travers des coopératives ou associations, comme point d’entrée vers l’assurance maladie ou la retraite.
- Subventionner une protection sociale de base, pour les plus vulnérables, comme filet de sécurité.
Accompagner les trajectoires plutôt que forcer les changements
Il ne s’agit pas de transformer un vendeur de rue en chef d’entreprise du jour au lendemain. Mais plutôt de créer des passerelles graduelles : formations professionnelles accessibles, accès au crédit, accompagnement à la gestion, sécurisation des espaces de travail.
Les politiques publiques doivent se construire à partir du terrain, en écoutant les travailleurs informels eux-mêmes, et en co-créant des dispositifs avec les syndicats, les ONG et les acteurs communautaires.
Inclure pour renforcer la cohésion sociale et la croissance
En intégrant les travailleurs informels dans l’économie formelle, l’État ne fait pas une faveur, il agit dans l’intérêt collectif. Cela renforce la stabilité sociale, élargit la base fiscale à moyen terme, réduit la pauvreté et stimule la croissance locale.
C’est également un acte de justice sociale : reconnaître que ceux qui nettoient nos rues, transportent nos biens, nourrissent nos villes, méritent des droits, du respect et des opportunités d’évoluer.
Conclusion : une nouvelle vision du développement
Le temps des politiques rigides et des exclusions silencieuses est révolu. Face à une économie de plus en plus duale, les réformes doivent être inclusives, progressives et centrées sur l’humain. L’informel n’est pas le problème de notre économie, il en est la base. À nous de l’élever au rang qu’il mérite.