Rencontre avec des travailleurs informels – leurs histoires et défis


Dans les rues, les marchés et les quartiers de Goma, des milliers de personnes exercent des activités informelles avec courage, ténacité et créativité. Derrière chaque stand, chaque outil, chaque sourire échangé avec un client, se cache une histoire. Ces portraits révèlent la face humaine de l’économie informelle : une réalité faite d’obstacles, mais aussi d’espoir, de détermination et d’ingéniosité.


Jeanne, vendeuse de fruits à Birere – « Chaque jour est un combat, mais je tiens bon »

Âgée de 42 ans, Jeanne vend des mangues, des bananes et des oranges sur un petit étal de fortune près du marché Birere. Elle a commencé cette activité il y a plus de dix ans, après le décès de son mari. Elle élève seule ses quatre enfants.

« Ce n’est pas toujours facile. Parfois, je vends tout. D’autres jours, je rentre avec les fruits invendus. La police vient souvent chasser les vendeuses comme moi. On nous dit qu’on gêne la circulation. Mais où aller ? »

Jeanne gagne entre 3 et 5 dollars par jour, avec lesquels elle paie la scolarité de ses enfants et le loyer de sa petite maison. Elle rêve d’un vrai kiosque, sécurisé, et d’un microcrédit pour agrandir son commerce.


Patrick, motard à Majengo – « Mon moto, c’est mon gagne-pain, mais aussi mon risque »

Patrick a 29 ans. Chaque jour, il sillonne les rues de Goma sur sa moto, transportant des clients du matin au soir. Louant la moto à un propriétaire, il doit verser un quota journalier avant de garder le reste pour lui.

« Si je tombe malade ou si la moto est en panne, je ne gagne rien. Et parfois, on subit des contrôles, on nous demande des papiers que je n’ai pas toujours. C’est stressant. »

Il gagne jusqu’à 10 dollars par jour, mais sans assurance, ni couverture en cas d’accident. Patrick souhaite que les autorités créent un système de régularisation pour les motards, avec un permis simplifié et une assurance abordable.


Aline, aide-ménagère à Katindo – « Je travaille dans l’ombre, sans droits »

Originaire de Rutshuru, Aline a fui les violences pour trouver refuge à Goma. Elle travaille comme domestique dans plusieurs foyers de Katindo, nettoyant, cuisinant, lavant du linge. Payée à la journée, elle n’a aucun contrat.

« Certains patrons sont bons, d’autres non. Parfois, je travaille plus de 10 heures pour 2 ou 3 dollars. Si je tombe malade, on me remplace. Je n’ai pas de repos, pas de sécurité. »

Comme beaucoup de travailleuses domestiques, Aline est invisible pour les institutions. Elle espère un jour intégrer un programme de formation pour devenir couturière.


Éric, artisan menuisier à Kyeshero – « Mon atelier, c’est ma fierté »

Éric, 35 ans, a appris la menuiserie sur le tas. Il fabrique des lits, des armoires et des tables à la commande dans un petit atelier en planches. Son activité est irrégulière, dépendante des saisons et des clients.

« Quand il y a du travail, ça va. Mais souvent, je reste des jours sans commande. Je n’ai pas d’atelier en dur, pas d’électricité stable. Pourtant, je sais faire des meubles solides. »

Il milite dans une petite coopérative d’artisans qui rêve d’ouvrir un centre commun équipé. Pour lui, l’intégration à un réseau formel permettrait d’obtenir plus de commandes et de reconnaissance.


Conclusion : l’humain au cœur de l’économie informelle

Ces portraits nous rappellent une chose essentielle : les travailleurs informels ne sont pas des chiffres, mais des personnes, avec des projets, des familles, des rêves et des droits. Leur résilience mérite mieux que l’indifférence. Ces témoignages plaident pour une nouvelle approche du développement : plus humaine, plus inclusive et plus proche du terrain.