L’insécurité financière, une menace silencieuse pour l’éducation
Le braquage ayant entraîné la disparition de plus de 16 450 000 FC destinés aux salaires des enseignants, survenu à Makese dans le territoire de Shabunda, province du Sud-Kivu, rappelle avec brutalité une réalité persistante dans l’est de la République démocratique du Congo : l’insécurité ne détruit pas seulement des vies, elle fragilise également les fondements mêmes du développement social, notamment l’éducation.
Ces fonds, qui devaient être acheminés vers Kigulube pour assurer la rémunération des enseignants, représentent bien plus qu’un simple montant financier. Ils incarnent la reconnaissance du travail éducatif, la motivation des enseignants et, indirectement, l’espoir de milliers d’élèves dépendant du bon fonctionnement du système scolaire. Lorsque ces ressources disparaissent sous la menace des armes, c’est toute la chaîne éducative qui est affectée : enseignants démotivés, perturbations dans les établissements scolaires, et perte de confiance dans les institutions chargées d’assurer la gestion et la sécurisation des fonds publics.
Au-delà de l’émotion suscitée par cet incident, une question essentielle s’impose : combien de temps encore les salaires des agents publics, particulièrement ceux travaillant dans les zones rurales et enclavées, continueront-ils à être transportés physiquement sur des routes exposées à l’insécurité ? À l’ère de la digitalisation financière et des systèmes de paiement électronique, le maintien de mécanismes de distribution reposant principalement sur le transport manuel de liquidités constitue une vulnérabilité structurelle. Cette situation appelle à une réforme urgente des modes de paiement, notamment par la généralisation des solutions de paiement mobile, bancaires ou numériques adaptées aux réalités locales.
Cependant, la solution ne peut être uniquement technologique. Elle doit également être sécuritaire et institutionnelle. Le renforcement de l’escorte sécurisée pour les convois financiers, l’amélioration de la coordination entre services administratifs et forces de sécurité, ainsi que la responsabilisation des circuits de gestion financière constituent des mesures indispensables pour prévenir la répétition de tels actes criminels. L’État, les partenaires financiers et les opérateurs de télécommunications doivent travailler conjointement afin de mettre en place des systèmes fiables garantissant que les salaires parviennent aux bénéficiaires sans risque majeur.
Enfin, cet événement doit être interprété comme un signal d’alarme : l’éducation ne peut prospérer dans un environnement où l’insécurité économique et physique demeure permanente. Protéger les ressources destinées aux enseignants, c’est protéger l’avenir des communautés. Chaque attaque contre les fonds éducatifs est, en réalité, une attaque contre le développement local et contre la confiance collective dans les institutions publiques.
La sécurisation des flux financiers éducatifs n’est donc plus une option administrative ; elle est devenue une priorité stratégique pour la stabilité sociale et le progrès socio-économique durable.
