Transformer les savoirs traditionnels féminins en économie moderne
La participation de l’ONG congolaise Mwasi Uzu’art à la 39ᵉ édition du Surajkund International Crafts Mela, en Inde, n’est pas un simple fait culturel. Elle met en lumière une question stratégique pour l’économie congolaise : comment transformer les savoirs traditionnels féminins en véritable secteur économique structuré et compétitif ?
Pendant longtemps, les activités liées à la coiffure traditionnelle, à l’artisanat ou aux pratiques culturelles ont été considérées comme marginales, confinées à l’économie informelle et à des revenus de subsistance. Pourtant, à l’échelle mondiale, l’économie créative représente aujourd’hui un moteur majeur de croissance, d’exportation et d’emploi, particulièrement pour les femmes et les jeunes.
La réalité congolaise est paradoxale. Le pays dispose d’une richesse culturelle exceptionnelle, mais cette richesse reste faiblement valorisée économiquement. Les compétences traditionnelles détenues par des millions de femmes — coiffure, textile, artisanat, transformation artisanale — constituent un capital économique latent encore insuffisamment structuré. L’enjeu n’est donc plus seulement culturel, il est clairement socio-économique.
L’expérience internationale montre que la transformation des savoirs traditionnels en secteur productif nécessite trois leviers essentiels : la formalisation, la formation et la commercialisation. Formaliser les activités permet l’accès au financement et aux marchés structurés ; former les actrices améliore la qualité et la compétitivité ; commercialiser efficacement ouvre la voie aux marchés régionaux et internationaux, notamment grâce au numérique.
Dans des villes comme Goma, Kinshasa, Bukavu ou Lubumbashi, la structuration de coopératives féminines spécialisées dans les métiers culturels pourrait devenir une stratégie efficace de lutte contre le chômage urbain et de réduction de la pauvreté féminine. Une politique publique orientée vers l’économie créative incluant labels nationaux, salons professionnels, plateformes de vente digitale et programmes de micro-financement permettrait d’intégrer progressivement ces activités dans l’économie formelle.
Au-delà de l’impact économique, la valorisation des savoirs traditionnels féminins constitue également un enjeu d’identité et de souveraineté culturelle. Dans un contexte mondial de concurrence culturelle et commerciale, les pays qui transforment leurs patrimoines en industries créatives structurées renforcent non seulement leurs économies, mais aussi leur influence internationale.
La participation congolaise au festival Surajkund rappelle ainsi une évidence souvent ignorée : le développement économique ne dépend pas uniquement des grandes industries, mais aussi de la capacité à transformer les compétences locales en chaînes de valeur modernes. Les femmes congolaises possèdent déjà ces compétences. Le véritable défi consiste désormais à créer l’écosystème économique capable de les transformer en moteurs durables de croissance.
