Réguler pour protéger : une réforme nécessaire, mais à surveiller
Dans un contexte où le chômage fragilise des milliers de jeunes à Goma et à travers la République démocratique du Congo, la question de la transparence du marché de l’emploi devient cruciale. L’arrêté ministériel n°075/CAB/MIN.ET/FMM/RK/10/2025, signé par Ferdinand Massamba Wa Massamba, marque un tournant décisif : désormais, toute offre d’emploi publiée sans visa de l’Office National de l'Emploi (ONEM) est sanctionnée par une amende de 500 dollars.
Sur le fond, la mesure répond à une réalité préoccupante. Les fausses offres d’emploi, souvent relayées sur les réseaux sociaux ou via des circuits informels, ont fait de nombreuses victimes. Des jeunes, déjà vulnérables, sont régulièrement escroqués, contraints de payer des frais fictifs ou manipulés par des recruteurs mal intentionnés. En ce sens, le renforcement du rôle de l’ONEM apparaît comme une réponse légitime pour restaurer la confiance.
Cependant, cette décision soulève aussi des interrogations. Dans un environnement économique où l’informel domine largement, exiger un visa préalable pour chaque offre pourrait ralentir la dynamique de recrutement, notamment pour les petites et moyennes entreprises. Ces dernières, souvent peu structurées, risquent de percevoir cette obligation comme une contrainte administrative supplémentaire, voire un frein à leur croissance.
La réussite de cette réforme dépendra donc de sa mise en œuvre. L’ONEM devra démontrer sa capacité à traiter rapidement les demandes de visa, avec transparence et efficacité. Sans cela, la mesure pourrait produire l’effet inverse : encourager le contournement des règles plutôt que leur respect.
Il est également essentiel d’accompagner cette décision par une campagne de sensibilisation. Les employeurs doivent comprendre les nouvelles exigences, tandis que les demandeurs d’emploi doivent être informés des circuits officiels pour éviter les pièges. La régulation, pour être efficace, ne doit pas seulement sanctionner, mais aussi éduquer.
En définitive, cet arrêté illustre une volonté politique de moraliser le marché de l’emploi. Une ambition louable, à condition qu’elle s’inscrive dans une logique d’équilibre entre contrôle et facilitation. Car au-delà des sanctions, c’est la crédibilité du système de recrutement en République démocratique du Congo qui est en jeu.
