Les grands projets d’infrastructures à Goma : mythe ou réalité ?


À Goma, les annonces de grands chantiers font régulièrement la une : routes urbaines, assainissement, éclairage public, adduction d’eau, infrastructures scolaires, modernisation des axes économiques. Mais derrière les discours politiques et les cérémonies de lancement, une question demeure : que voit réellement la population sur le terrain ?

L’enquête montre d’abord que la réalité n’est ni totalement un mythe, ni une réussite complète. Des projets ont bel et bien été lancés dans le Nord-Kivu et dans la zone de Goma, notamment à travers des programmes publics, des financements extérieurs et des initiatives de stabilisation de l’Est. En 2025, un premier lot de projets a officiellement été lancé à Goma dans le cadre du plan de réponse à la crise à l’Est, avec des infrastructures socio-économiques ciblées.

Cependant, entre annonce, démarrage et livraison, l’écart reste souvent important. Les promesses gouvernementales se heurtent à plusieurs réalités structurelles :

  • lenteurs administratives ;
  • contraintes sécuritaires ;
  • retards de décaissement ;
  • insuffisance du suivi technique ;
  • urbanisation rapide qui dépasse la capacité des projets.

Le cas des voiries illustre bien cette ambiguïté. Certains axes ont connu des travaux visibles et améliorent réellement la mobilité urbaine, surtout autour des zones économiques stratégiques. Mais dans plusieurs quartiers périphériques, les habitants continuent de dénoncer des routes dégradées, des caniveaux inachevés et des ouvrages qui se détériorent rapidement faute de maintenance.

Le véritable enjeu n’est donc plus seulement l’annonce de nouveaux projets, mais la gouvernance de leur exécution. À l’échelle nationale, les débats récents sur les grands projets d’infrastructures insistent justement sur la transparence financière, le contrôle citoyen et l’exigence de résultats mesurables. Cette problématique se reflète directement à Goma, où la population juge les autorités moins sur les plans que sur les réalisations concrètes.

Sur le terrain, trois catégories de projets semblent les plus tangibles :

1) Les routes et axes de mobilité

Les travaux sur les axes reliant les centres commerciaux, l’aéroport et certains quartiers d’expansion ont un impact direct sur le commerce et la circulation.

2) Les infrastructures sociales

Écoles, centres de santé et marchés financés par des programmes publics ou partenaires internationaux deviennent plus visibles, surtout dans une logique de stabilisation régionale.

3) L’énergie et l’eau

Les projets les plus attendus concernent l’électricité, l’éclairage et la distribution d’eau, domaines où les besoins restent supérieurs aux réalisations.

Au final, parler de « mythe » serait excessif, car les chantiers existent et certains résultats sont palpables. Mais parler de « révolution infrastructurelle » serait tout aussi prématuré.

La vérité se situe entre les deux :
Goma vit une dynamique réelle de projets, encore freinée par des défis de gouvernance, de sécurité et de durabilité.

Le test ultime reste simple : la population doit pouvoir sentir le changement dans sa mobilité, son accès à l’eau, à l’électricité et aux services publics.