L’état des infrastructures à Goma : entre progrès et défis


Goma avance, mais à deux vitesses. D’un côté, la ville connaît depuis 2024–2026 plusieurs projets structurants : réhabilitation de voiries, extension de certains axes secondaires, modernisation de zones urbaines et investissements dans l’énergie et le numérique.


De l’autre, la pression démographique, l’usure accélérée des routes, l’urbanisation informelle et l’insuffisance des services publics maintiennent de nombreux quartiers dans une situation fragile.

Les routes restent le visage le plus visible de cette contradiction. Certains axes stratégiques notamment ceux reliant le centre-ville, l’aéroport et les zones commerciales ont connu des améliorations, mais plusieurs tronçons demeurent dégradés, surtout vers les périphéries et les corridors économiques régionaux. Cette réalité ralentit la circulation, augmente les coûts logistiques et affecte directement le commerce local.

Les infrastructures publiques, notamment l’assainissement, l’éclairage urbain, les marchés et certains équipements administratifs, évoluent également lentement. La ville progresse, mais les besoins croissent plus vite que les réalisations. Le défi n’est donc plus seulement de construire, mais de planifier durablement.

Routes et mobilité : quel impact sur l’économie locale ?

À Goma, la route est une question économique avant d’être une question de transport.
Chaque route praticable réduit le temps de trajet entre producteurs, grossistes, marchés et frontières commerciales.

L’amélioration des axes urbains et interurbains stimule plusieurs chaînes de valeur :

  • le commerce transfrontalier avec Gisenyi ;
  • l’approvisionnement des marchés locaux ;
  • la circulation des taxis, bus et agences de voyage ;
  • le transport des matériaux de construction ;
  • l’accès aux zones agricoles périphériques.

Quand les routes sont dégradées, les prix des marchandises augmentent mécaniquement : carburant, usure des véhicules, pertes de produits frais et retards logistiques. À l’inverse, une bonne mobilité favorise la compétitivité des PME et fluidifie l’économie informelle qui représente une grande partie des échanges à Goma.

Les infrastructures énergétiques et hydrauliques : un levier pour le développement

L’accès à l’électricité et à l’eau potable reste l’un des plus grands défis de Goma.

Dans plusieurs quartiers, l’énergie demeure instable, poussant ménages et entreprises à dépendre de groupes électrogènes ou du solaire individuel. Pourtant, des investissements publics et privés se renforcent autour des mini-réseaux, du solaire, de l’exploitation du potentiel énergétique régional et des extensions de desserte.

L’eau potable suit la même logique : l’extension urbaine dépasse souvent la capacité des réseaux existants. Résultat : pression insuffisante, ruptures d’approvisionnement et recours massif aux bornes-fontaines ou aux solutions privées.

Le développement économique de Goma dépendra fortement de la capacité à :

  • sécuriser l’électricité pour les PME ;
  • étendre les réseaux hydrauliques ;
  • améliorer la maintenance ;
  • attirer des opérateurs techniques fiables.

Numérisation et infrastructures technologiques : où en est Goma ?

La transformation numérique de Goma s’accélère.

Le développement de la fibre, la montée en puissance des services mobiles, des paiements numériques et de l’entrepreneuriat digital créent une nouvelle économie urbaine portée par la jeunesse. Les cybercafés traditionnels cèdent progressivement la place aux startups, agences médias, fintechs, plateformes logistiques et services de communication digitale.

La connectivité devient désormais une infrastructure aussi stratégique que la route.
Un internet stable signifie :

  • plus d’emplois numériques ;
  • plus d’accès aux marchés ;
  • une meilleure bancarisation mobile ;
  • un environnement favorable à l’innovation.

Pour Goma, la ville intelligente commence par la qualité du réseau.

Les investissements publics et privés : qui finance les infrastructures ?

Le financement des infrastructures à Goma repose sur cinq piliers majeurs :

1) L’État et les budgets publics

Le gouvernement central et la province financent une partie des routes, équipements publics et projets structurants. La hausse récente des dépenses en capital en RDC illustre cette volonté.

2) Les bailleurs internationaux

Banque mondiale, BAD, agences de coopération et fonds multilatéraux soutiennent routes, eau, énergie et urbanisation.

3) Les partenariats public-privé (PPP)

Les PPP deviennent essentiels pour l’éclairage public, l’eau, l’énergie solaire et certaines voiries.

4) Les investisseurs privés locaux

Promoteurs immobiliers, opérateurs télécoms, fournisseurs d’énergie et entrepreneurs locaux participent à la modernisation de la ville.

5) Les fonds stratégiques et véhicules d’investissement

Des mécanismes comme le FIS-RDC ouvrent des perspectives nouvelles de cofinancement.

Conclusion

Goma se trouve à un tournant décisif.
Les progrès sont visibles, mais les défis restent considérables. La qualité des infrastructures déterminera la capacité de la ville à devenir un véritable hub économique régional.

Une ville qui investit dans ses routes, son énergie, son eau et son numérique investit directement dans sa prospérité.