Vers une économie plus inclusive – Les progrès et les retards


À Goma, comme dans de nombreuses villes d’Afrique centrale, la question de l’inclusion économique n’est plus une simple option : elle est devenue une nécessité stratégique. Jeunes sans emploi, femmes entrepreneures sous-financées, populations déplacées ou vivant dans la précarité urbaine : tous ces groupes représentent une part essentielle du potentiel économique local, mais ils restent encore trop souvent en marge de la dynamique de croissance. À mi-année 2025, où en sommes-nous réellement en matière d’inclusion ? Quels progrès ont été réalisés ? Et surtout, quelles failles persistent ?


Une volonté affichée d’inclusion économique

Il serait injuste de nier les efforts engagés. Depuis 2024, plusieurs programmes publics et partenariats avec des ONG ou des bailleurs internationaux ont été lancés avec pour ambition d’inclure davantage les groupes historiquement marginalisés.

Le Programme provincial d’autonomisation économique des femmes a permis à près de 500 femmes d’accéder à des formations de gestion et à des microcrédits. Des coopératives féminines ont vu le jour dans l’agriculture, l’artisanat et les services. Certaines, comme celles de Mugunga et de Kyeshero, sont aujourd’hui partiellement autonomes.

Parallèlement, les centres d’incubation pour jeunes (notamment à travers les projets soutenus par les universités locales ou les partenaires comme Enabel et la Banque mondiale) ont formé des centaines de jeunes dans des domaines tels que le numérique, la transformation agroalimentaire ou le marketing digital. Ces jeunes commencent à impulser un nouveau souffle dans l’économie urbaine.

Même les populations déplacées, longtemps ignorées du discours économique, bénéficient depuis peu de programmes d’insertion socioéconomique, notamment via des formations courtes et des appuis à l’auto-emploi dans certains camps périphériques.


Mais une inclusion encore superficielle et déséquilibrée

Malgré ces signaux positifs, le constat reste globalement préoccupant : l’inclusion est encore trop lente, trop ciblée, et trop fragile.

Sur le terrain, les écarts restent criants. Les jeunes formés peinent souvent à accéder à des financements de démarrage. Les femmes, bien qu’actrices majeures de l’économie informelle, rencontrent d’immenses obstacles pour formaliser leurs activités : pression sociale, complexité administrative, manque de réseau. Quant aux personnes vivant avec un handicap ou issues des zones rurales, elles sont quasiment absentes des dispositifs de soutien.

De plus, la majorité des programmes restent concentrés dans les centres urbains, touchant une minorité d’individus bien connectés ou informés. L’inclusion économique ne saurait se résumer à quelques formations ou projets pilotes, aussi utiles soient-ils. Il faut une vision systémique, fondée sur la justice économique, l’équité d’accès aux opportunités, et la participation réelle des bénéficiaires aux décisions qui les concernent.


Des politiques publiques encore peu coordonnées

Un autre frein majeur est le manque de cohérence et de coordination des politiques publiques. Entre les ministères sectoriels, les agences d’exécution et les partenaires techniques, les efforts sont souvent fragmentés, redondants ou mal suivis. Les données sur l’impact réel des programmes d’inclusion restent rares, rendant difficile l’évaluation et la réorientation des actions.

Certains acteurs de la société civile dénoncent également l’instrumentalisation politique de l’inclusion économique. De nombreux programmes sont lancés à l’approche d’échéances électorales, sans suivi durable, ni ancrage institutionnel solide.


Pour une inclusion structurelle, pas symbolique

Si l’on veut bâtir une économie réellement inclusive à Goma, il faut changer d’échelle et de méthode.

Cela implique notamment :

  • L’intégration de l’inclusion dans toutes les politiques économiques, pas seulement dans des programmes "à part" ;
  • Le développement d’instruments financiers adaptés, comme les fonds de garantie pour les femmes ou les jeunes, et des crédits flexibles pour les micro-entreprises du secteur informel ;
  • La territorialisation des politiques, en pensant l’inclusion aussi en milieu rural et dans les quartiers marginalisés ;
  • Le renforcement des capacités institutionnelles, pour assurer le suivi, l’évaluation et la transparence dans l’attribution des ressources.

Mais surtout, cela exige de faire confiance aux acteurs eux-mêmes : aux jeunes, aux femmes, aux personnes marginalisées. Leur donner la parole, leur donner les moyens, et leur laisser l’espace d’agir.


Conclusion : L’inclusion ne se décrète pas, elle se construit

Goma a le potentiel d’être un modèle d’inclusion économique en Afrique des Grands Lacs. Les talents existent, les initiatives émergent, la volonté citoyenne est là. Mais pour passer de l’intention à la transformation, il faut un changement profond dans les pratiques, dans la gouvernance, et dans la vision.

Il est temps que l’inclusion ne soit plus un mot dans les discours, mais une réalité dans les chiffres, les politiques, et surtout dans la vie quotidienne des habitants. Une économie inclusive, ce n’est pas seulement une économie plus juste : c’est une économie plus forte, plus stable et plus durable.