Salaires impayés, services publics fragilisés

Salaires impayés, services publics fragilisés

Depuis plusieurs mois, une centaine d’agents de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) affectés à Goma et Bukavu vivent une situation socialement intenable : douze mois sans salaire. Derrière cette réalité se dessine une problématique plus profonde qui dépasse la seule entreprise ferroviaire et interroge la gouvernance socio-économique des services publics dans les régions en crise.

Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante liée notamment aux affrontements impliquant le M23, la fermeture des circuits bancaires et les perturbations économiques locales, les travailleurs publics se retrouvent parmi les premières victimes silencieuses de la fragilité institutionnelle. L’absence de rémunération régulière ne constitue pas seulement une injustice sociale ; elle fragilise également la stabilité économique locale, car ces salariés représentent une part importante du pouvoir d’achat urbain dans plusieurs villes de l’Est.

Cette crise salariale révèle surtout un déficit de mécanismes d’urgence capables d’assurer la continuité des paiements publics en situation exceptionnelle. Alors même que les fonds seraient disponibles, les lenteurs administratives et les blocages opérationnels empêchent leur décaissement rapide. Une telle situation illustre la nécessité urgente de moderniser les systèmes de paiement de l’État, notamment par l’intégration des solutions numériques comme le Mobile Money, aujourd’hui largement répandu dans les économies locales.

Plus préoccupant encore, les difficultés signalées ne se limitent pas à la SNCC. Les agents de la Régie des voies aériennes (RVA) dans les mêmes zones seraient également confrontés à des retards de rémunération, confirmant l’existence d’un problème systémique touchant plusieurs entreprises publiques stratégiques. Or, le bon fonctionnement de ces entreprises conditionne directement la mobilité, les échanges commerciaux et l’intégration économique régionale.

L’enjeu dépasse donc la question salariale. Il s’agit de préserver la crédibilité de l’État employeur, de maintenir la cohésion sociale et de protéger les bases mêmes de l’activité économique dans une région déjà fragilisée par les crises sécuritaires. Car lorsque les agents publics cessent d’être payés, ce sont les services publics eux-mêmes qui commencent progressivement à s’affaiblir.

La réponse attendue doit être rapide mais surtout structurelle : sécurisation des mécanismes de paiement, décentralisation opérationnelle des décisions financières et adoption de solutions numériques adaptées aux contextes de crise. Assurer le paiement régulier des travailleurs publics n’est pas seulement une obligation administrative ; c’est une condition essentielle de stabilité économique et sociale pour l’ensemble de la région.