Mobilité urbaine : quelles solutions pour désengorger Goma ?

À Goma, la mobilité urbaine est devenue l’un des plus grands défis du quotidien. Aux heures de pointe, les grands axes du centre-ville, les corridors vers l’aéroport, le rond-point Signers, Birere et les sorties vers Gisenyi concentrent voitures, taxis-bus, motos et piétons dans un espace routier limité. Cette saturation freine la productivité, allonge les temps de trajet et renchérit le coût du transport des personnes comme des marchandises. Les expériences africaines récentes montrent qu’une ville en forte croissance doit rapidement passer d’une logique de réaction à une véritable stratégie de mobilité intégrée.

Le problème à Goma ne vient pas seulement du nombre de véhicules. Il résulte surtout de quatre facteurs structurels :

  • voiries insuffisantes ou dégradées ;
  • concentration des activités économiques au centre-ville ;
  • explosion des motos-taxis ;
  • absence de transport collectif structuré.

Résultat : les embouteillages deviennent un coût invisible pour l’économie locale, avec des pertes d’heures de travail, une hausse du carburant consommé et une usure accélérée des véhicules.

1) Développer un vrai transport en commun urbain

La première solution durable est la mise en place de lignes de bus urbains régulières sur les axes les plus fréquentés :

  • Majengo – Centre-ville – Aéroport
  • Katindo – Birere – Marché central
  • Mugunga – Rond-point Instigo – Gisenyi

Des minibus mieux organisés ou des bus de moyenne capacité permettraient de réduire le nombre de véhicules individuels sur la chaussée. L’exemple de Kigali montre qu’un réseau de bus, combiné à des hubs de correspondance, améliore fortement l’accès à l’emploi et aux services.

2) Réorganiser les motos-taxis

À Goma, la moto est aujourd’hui le transport le plus flexible.
Plutôt que de la combattre, il faut l’intégrer au système de mobilité :

  • zones de stationnement officielles ;
  • couloirs réservés sur certains axes ;
  • régulation des arrêts ;
  • digitalisation des courses ;
  • identification et formation des conducteurs.

Une moto bien intégrée peut jouer le rôle de solution de dernier kilomètre, notamment entre les quartiers enclavés et les axes principaux. Les modèles de mobilité durable privilégient justement cette complémentarité entre transport collectif et mobilité légère.

3) Investir dans les mobilités douces

Tous les déplacements ne nécessitent pas une voiture ou une moto.

La création de :

  • trottoirs sécurisés ;
  • pistes cyclables sur les grands boulevards ;
  • traversées piétonnes visibles ;
  • zones marchandes semi-piétonnes

peut considérablement réduire la pression automobile, surtout dans les zones commerciales de proximité. Les politiques internationales de mobilité durable montrent que la marche et le vélo sont parmi les moyens les plus efficaces pour réduire la congestion.

4) Fluidifier les carrefours stratégiques

Plusieurs embouteillages de Goma proviennent d’une mauvaise gestion des intersections.

Les solutions rapides incluent :

  • feux tricolores intelligents ;
  • giratoires mieux dimensionnés ;
  • suppression des stationnements anarchiques ;
  • horaires de livraison pour les commerces ;
  • présence renforcée de la police de circulation.

Une gestion intelligente des carrefours peut déjà améliorer fortement la fluidité sans attendre de grands travaux. Les systèmes de signalisation intelligente ont montré des gains significatifs dans plusieurs villes comparables.

5) Penser la ville autour de la proximité

La solution de long terme est urbaine avant d’être routière.

Goma doit réduire la pression sur le centre-ville en développant des pôles secondaires de services et de commerce à Mugunga, Lac Vert, Ndosho et Himbi.
Moins de déplacements forcés vers le centre signifie naturellement moins d’embouteillages.

La logique de la “ville de proximité” ou 15-minute city devient aujourd’hui une référence mondiale pour les villes en expansion.

Conclusion

Désengorger Goma ne passera pas par les routes seules.
La réponse doit combiner transport collectif, motos mieux organisées, marche, vélo, gestion intelligente des carrefours et urbanisme polycentrique.

La mobilité n’est pas seulement une question de circulation :
c’est une question de compétitivité économique, de qualité de vie et d’attractivité urbaine.